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"Toi aussi ?"
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MessageSujet: "Toi aussi ?" Jeu 21 Avr - 22:19
Nouvelle improvisée #02

Thème : Un morceau de papier

Titre : "Toi aussi ?"

__________________________________________________________________________________________________________________________________

« Je n’ai pas à m’en faire. . .  Après tout ça ne veut rien dire, ce n’est qu’un dessin non ?... Ça ne veut théoriquement rien dire. . .  Elle était. . .  Pas dans son assiette, et elle a dessiné ça, point. Elle va rentrer ce soir, et on va jouer aux cartes, et. . .  Et voilà ? »

Seth ne savait plus où donner de la tête. Il se répétait les mêmes choses, inlassablement, sans parvenir à véritablement se focaliser sur ne serait-ce qu’une bribe d’explication. Il se laissa à quelques pensées réconfortantes, à la lumière des espérances ténues de son éternel mal-être. Mais bien assez tôt, il sombrait à nouveau dans ses épaisses angoisses toxiques et envahissantes. C’est vrai, il n’avait jamais été très optimiste, et avait l’habitude de voir le monde d’un œil assez noir. Lui-même ne se considérait que comme un tout à peu près cohérent, à peine capable de fonctionner convenablement. S’alimenter quand la chose était possible, dormir sans cauchemar, tapi dans l’espoir que son cerveau torturé ne déchire le peu de calme que lui apportait la nuit, et. . . C’était à peu près tout.

Seth ne savait pas s’amuser, rigoler avec ses proches, s’accomplir et se complaire dans les activités plus ou moins récurrentes de la vie quotidienne. Il ne travaillait pas comme le peu de proches qu’il côtoyait. Il ne savait d’ailleurs pas s’il avait l’âge pour ce faire. Il ne savait pas non plus créer de liens, et maintenait difficilement ceux qu’ils avaient tissés depuis ces quelques années. Comme il se disait souvent à lui-même : « c’est difficile pour un garçon de douze ans, muet et déficient mental de se faire accepter d’un monde ou la normalité était en théorie relative, mais en pratique horriblement dogmatique ». En revanche, Seth avait un talent. Il comprenait très vite les choses. Il lisait parfaitement bien, écrivait comme un adulte, et avait une facilité à appréhender son environnement tant que ce dernier se laissait regarder. Il devait cela aux parents qui l’avaient abandonné. Fils d’un chroniqueur de renom et d’une critique littéraire, Seth avait baigné toute son enfance dans les lettres, les images, les interprétations, les dissertations, et autres productions lettrées ou graphiques.

Aujourd’hui pourtant, impossible de mettre son talent à exécution. Sans doute que la partie cassée de son cerveau super-intelligent empêchait toute compréhension de cette feuille qu’il regardait depuis maintenant des heures. Son auteur l’avait laissé pour lui, peut-être dans l’espoir qu’il le comprenne. Mais sans son sourire, sans sa douce main sur son épaule, Seth n’arrivait pas à déchiffrer ce qu’il voyait. Pour sûr, il en connaissait le contenu par cœur, à force de visionnage. Mais rien. Aucun moyen de s’expliquer quoique ce soit.
Plus le temps passait, et plus Seth se mettait à angoisser. Il s’attrapait les cheveux en se balançant d’avant en arrière, assis sur le matelas de fortune qui lui servait de lit. Il s’en voulait. Il s’en voulait de ne pas saisir. De ne pas avoir le déclic qui lui permettrait de comprendre la production de la seule personne qu’il appréciait réellement. Seth se mit à geindre et à maugréer de panique, produisant d’étranges sons, aussi déchirants qu’insupportables. C’est du moins ce qu’il comprit quand Gros Jack lui siffla une gifle en pleine figure.

« Ta gueule, Seth, putain !! Si tu veux pas manger, mange pas, mais nous fait pas chier !!
— Mais laisse-le tranquille, ce pauvre garçon !! Va pas encore passer tes nerfs sur lui !
— Toi aussi ta gueule, Sarah !! T’en veux une aussi, peut-être ?! Elle est où Naïla, putain ?!!
— Tu veux pas la laisser tranquille, elle aussi ? Elle est peut-être partie parc’que tu la traumatise non ?
— Mais bordel, mais tu veux vraiment que j’t’en colle une ?!! se mit à menaçer Gros Jack. NAÏLAAAA !!! M’oblige pas à venir te chercher !!!!
— Mais elle est pas là !!! C’est pour ça qu’il pleure Seth ! Il est inquiet, tu vois !!
— MAIS PUTAIN FERME TA GUEULE !!! » hurla Gros Jack avant d’abattre son énorme main sur la joue de Sarah.

Le coup fut si violent qu’il fit sursauter Seth, qui se mit à hyperventiler, les doigts crispés sur le papier qu’il tenait. Sarah tomba lourdement sur le sol et se mit à reculer à quatre pattes, essayant de maintenir de la distance entre elle et Gros Jack, qui s’avançait vers elle d’un air hostile.
Seth, terrorisé devant ce visage patibulaire qu’il ne connaissait que trop bien, enfouit la feuille dans une poche de son pantacourt et se précipita en dehors de la chambre. Il ne ralentit pas quand il entendit Gros Jack lui hurler de revenir, pas plus que quand il décela le bruit sourd d’autres coups s’abattre sur le corps de la frêle Sarah. Il ne voulait pas la laisser, mais, chaque fois qu’il voyait Gros Jack s’énerver, il se rappelait les nombreuses fois ou il s’en était pris à lui. Avant de subir des choses que seuls ses nuits s’amusaient à lui rappeler, Seth n’eut jamais imaginé qu’un homme puisse être aussi cruel, ni qu’un jeune garçon puisse être martyrisé/utilisé de la sorte. Il ne voulait pas retenter l’expérience, car aussi fort qu’il suppliait le ciel d’inciter Gros Jack à le laisser tranquille, jamais ses prières n’avaient été entendues. Ainsi, quand il pouvait se protéger lui-même, Seth ne se privait pas du luxe de prendre ses jambes à son cou. Il savait très bien comment se terminerait cette session de sévices contre la jeune Sarah. Mais, égoïstement, il ne voulait pas y penser.
Il sortit donc et se mit à courir aussi vite qu’il put, sous une pluie battante qui remplaçaient solidairement ses larmes par d’autres. Après avoir couru pendant près de deux minutes, Seth tomba à genoux, épuisé par le manque de nourriture dans son organisme. Il se retourna et s’assit en tailleur sur un monticules de pierres, fixant l’entrepôt désaffecté qu’il venait de quitter. Il sécha ses larmes et sortit le papier froissé de sa poche avant de se replonger dedans. À peine quelques secondes après la contemplation, de grosses gouttes se mirent à perler dans ses yeux. Seth, pensif, se demandait encore comment il en était arrivé là.

Abandonné volontairement par des parents qui ne géraient plus son handicap mental, Seth s’était vu traversé tout un tas d’épreuves. Il était pourtant sûr que sa mère l’aimait. Il ne pouvait pas en dire autant du père qui trompait allègrement cette dernière. À y repenser, il se disait que c’était de sa faute s’il en était là aujourd’hui. En effet, un soir, alors que son père se perdait entre les cuisses de sa patronne sous couvert d’un séminaire à l’étranger, Seth avait raconté tout ce qu’il savait à sa mère. Étrangement, cette dernière ne le prit pas du tout comme il l’eut pensé. En effet, elle lui rejeta immédiatement la faute dessus. Il se souvenait encore de ses mots :

« Mais c’est de TA faute, Seth. Papa et Maman étaient heureux avant que tu n’arrives. Tu entends ? Ils avaient une belle vie, et maintenant ils doivent s’occuper de toi, alors que toi tu ne nous aime même pas ! C’est pour ça qu’il trouve du réconfort ailleurs. Papa est triste, à cause de Seth !! »

Incapable de réagir, comme le voulait son cruel manque de savoir-faire en matière de sentiments, Seth s’était contenté d’acquiescer, et s’était excusé, du haut de ses huit ans. Le soir à peine, attendant que sa femme aille se coucher, son père l’avait sévèrement corrigé, et lui avait fait promettre de ne plus jamais ouvrir la bouche, sous peine de l’étrangler. Le lendemain, ils le plaçaient en résidence pour enfants handicapés mentaux. Traumatisé par les propos de son père, Seth ne dit plus jamais, jusqu’à ce jour, un seul mot. Ce qui perturba fortement l’équilibre de la résidence, ou les autres enfants se plaignaient du manque d’émotions et de réactions de Seth -c’est du moins ce qu’il avait pu lire des notes des nombreux psychologues qui s’étaient penchés sur son profil-. Paniquant et redoutant l’idée d’à nouveau susciter la colère au sein de l’organisme dans lequel il avait été placé, Seth s’enfuit, blessé et meurtri par le fait que personne ne semblait dans la capacité de le comprendre. Un comble, pour un cerveau capable de comprendre à peu près tout. Trainant plus d’un an et demi à fouiller et manger les restes de ce que les chiens et commerçants voulaient bien laisser derrière eux, Seth  tomba finalement sur la route de Naïla.
La jeune fille l’avait ramené au « foyer » quasi mort. Elle l’avait nourri, soigné, réconforté. Elle lui avait offert le luxe de ne pas lui demander d’où il venait, ni pourquoi un enfant de son âge s’était retrouvé à la rue. Elle s’était contenté de le choyer du mieux qu’elle pouvait, jours après jours. Sans même s’en rendre compte, Seth s’était très fortement attaché à elle. Il la suivait partout, l’écoutait parler, se laisser bercer et chouchouter par la jeune fille qui l’avait arrachée aux bras jaloux de la misère et de la déchéance, sans se demander pourquoi ces deux dernières le convoitaient tant. Naïla devait avoir une quinzaine d’années. Elle aussi avait été marquée par la vie, aussi bien physiquement que mentalement. Ses confessions étaient lourdes et douloureuses, mais Seth y trouvait un réconfort aussi coupable que rassurant. Celui de savoir qu’il n’était pas le seul laissé pour contre, qu’il n’était pas seul à être « persona non grata » à peu près partout où il allait. À la rue depuis deux ans, elle trouva refuge dans cet immeuble désaffecté, ou quelques autres réfugiés n’ayant nulle part où aller avait trouvé un semblant de tranquillité sous le joug de Gros Jack. Ce dernier connaissait la rue depuis maintenant plus de vingt ans, d’après ses dires. Il avait jadis été un courtier en banque, licencié pour liquidation judiciaire. Mais ses relations et son influence dans le métier l’avaient préservé du « chômage » humiliant que vivaient ceux dont il « s’occupait » aujourd’hui. Il était donc le seul à ramener de l’argent -plus ou moins sale- et de la nourriture au sein du foyer. Cette position lui donnait une place de roi tyran absolument abjecte. Il usait de ce pouvoir pour imposer une domination pratiquement infinie. Il était méchant, violent, et se faisait rembourser son hospitalité et sa charité par tout ce qu’il pouvait trouver intéressant. Ainsi se multipliaient les sévices corporels, les activités illégales qu’il forçait les autres à effectuer, les viols, et autres réjouissances. Toujours plus, chaque jour, toujours un peu plus.

Seth était effrayé à l’idée de savoir que Naïla devait quelque fois essuyer la violence enivrée de Gros Jack, mais savait intérieurement que leur survie dépendait de cela. Quelques téméraires eurent toutefois, au détour d’un moment de folie, l’audace de se rebeller contre le roi tyran. Mais ce dernier, fort d’une centaine de kilos et demi et d’une force herculéenne savait très souvent mettre fin à toute forme de mutinerie ou de rébellion. Le garçon se disait toutefois, et tant bien que mal que c’était pour le mieux. Il était responsable de tout, il devait payer le prix de son existence. Même s’il fallait pour cela puiser dans son innocence, excaver des forces que la vie ne s’était jamais proposée de lui donner, gratter le peu de dignité qu’il lui restait. Et puis Gros Jack avait au moins le mérite de lui dire clairement les choses : « Tu fais le con, je te déchire et j’bouffe tes restes. Au moins tu serviras à quelque chose au foyer ». C’était dur, mais c’était franc. Pour cela, Seth lui en était, d’une certaine manière, reconnaissant.
Dans la fraîcheur d’un temps lui rappelant la stérilité de sa vie actuellement exempte de chaleur, Seth regarda à nouveau le papier qu’il tenait en main. Il se remit à réfléchir en jetant de petits coups d’œil fréquents devant lui, des fois que Gros Jack ne décide de finalement tenir ses promesses. Assis au milieu de gravats, vestiges d’une ville dévastée maintenant il y a des années, Seth s’amusait du paradoxe de la situation actuelle. Il savait que son cerveau, il y a quelques années, aurait fait des merveilles. Sa gauche intelligence aurait pu lui permettre d’intégrer les plus grandes écoles, d’obtenir les plus beaux diplômes.

Mais le monde était tombé. Tout ce qu’il connaissait de son ancienne vie était détruit. Pendant qu’il errait à la surface d’un monde qui l’avait rejeté, il assista progressivement à la destruction de ce dernier. Une révolution d’une ampleur sans précédent s’était emparée de la terre. Les têtes de tous les hauts tombèrent, les unes après les autres. Les hommes s’alliaient contre le pouvoir pour re-balancer l’équilibre, pour instaurer une nouvelle égalité. Le mouvement fut si brutal et si sanglant que plus personne ne voulut, jusqu’à ce jour d’ailleurs, prendre la tête. Il n’y eut plus de présidents. Plus de sénateurs, plus de dirigeants.  Puis, effectivement, le pouvoir changea d’épaules. Les hommes s’enflammèrent, engorgés par la sensation que tout leur était possible. La première chose qu’ils firent furent également la dernière. Les hommes, forts de leur bestialité et enfin dénués du civisme et de la bienséance imposée par le contrôle des plus hauts placés, assassinèrent le peu de philanthropie qu’il leur restait. Les hommes se tuaient, les femmes se mourraient, les enfants s’enterraient volontairement. Rien ne pouvait mieux définir cette sauvagerie que le mot : humain.

Le commerce, l’économie, le caritatif, la santé, tout était mort. Consumés par les enfants de ceux qui leur avaient initialement donné la vie. Il ne restait plus que la force. La force de détruire ce qu’il y avait en face, afin de s’emparer de ce qu’il reste, après le passage des autres, ou même présentement possédé par les autres. Les hommes s’étaient tous enchaînés de manière aveugle et maritale, à la loi martiale. C’était aussi pour cela que Seth ne quittait pas le foyer. Assez reculé d’un reste de ville en feu et gardé par un Gros Jack lourdement armé, puissant et influant, cet enfer intérieur le protégeait du Tartare brûlant et sanglant que représentait le monde extérieur. Aujourd’hui encore, il entendait les détonations de métal et de pierre résonner au loin, attestant effrontément du fait qu’ils orchestraient certainement le décès de nombreuses personnes.

Il espérait fortement que Naïla ne soit pas prise dans les feux de la ville, mais savait qu’il ne pouvait de toutes les façons rien y faire si tel eut été le cas. Il baissa une nouvelle fois les yeux sur le morceau de papier qu’il tenait entre les mains, avec la ferme intention de le décrypter. Sur le papier gris sale était dessiné deux personnes. Une fille aux cheveux courts se tenait derrière un jeune garçon. Le surplombant d’une tête à peine, elle lui plaquait une main sur la bouche, en se plaquant une main sur sa bouche à elle. Ils étaient tous deux dos à un mur criblé de balles. Derrière ce mur étaient dessiné une gigantesque flaque de sang, se répandant jusqu’à leurs pieds. S’il avait bien compris la physique du dessin, Seth en déduisait qu’il s’agissait de Naïla et de lui, cachés derrière un mur ou le feu de la ville régnait.

« Mais on est sécurité au foyer. . . Pourquoi elle a dessiné ça ? Et elle sait qu’il ne faut pas s’aventurer dehors, alors. . . Pourquoi elle est partie ? Mais pourquoi t’as fait ça, Naïla ? Pourquoi t’es partie ?!! Toi aussi tu m’abandonnes ? »

Furieux, Seth déchira le dessin et jeta les deux morceaux devant lui, regardant les parchemins voler devant lui avant de glisser sur les ruines poussiéreuses de l’endroit où il était. Il resta comme cela des minutes entières, regardant les feuilles papier s’éloigner progressivement. Puis, un détail attira son attention. Il haussa un sourcil et ouvrit la bouche en grand. Se relevant subitement, il se précipita dans leur direction. Il se heurta plusieurs fois à quelques débris de verre et autres tiges de métal rouillé, et réussi à en récupérer un. Il se retourna frénétiquement pour retrouver l’autre quand il entendit des coups de feu résonner au loin. Apeuré, il marqua une pause, décidant d’attendre de savoir si les salves se rapprochaient de lui ou non. Quand un autre coup de feu retentit à moins de cent mètres de lui -d’après son estimation-, il en abandonna l’idée. Mais peu lui importait, au final. Il avait compris. Et il ne lui restait pas beaucoup de temps. Sans perdre une seconde, il puisa dans ses dernières réserves et se précipita en direction du foyer.

« Comment ai-je pu être si stupide ?!! C’est le message le plus clair qui soit ! Naïla, je suis désolé, je suis tellement désolé. Mais j’ai compris, attends-moi. Pitié, attends-moi !! »

Trouvant pour la première fois la force d’agir pour une cause véritable, Seth se mit à courir plus vite qu’il ne se crut capable de courir. Plus rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Le feu de la ville ne lui faisait plus peur, pas plus que la fureur de Gros Jack, qu’il s’apprêtait à encaisser.
Il courait à présent dans les cendres du monde meurtri qu’il arpentait habituellement sans véritable but, mais cette fois avec un objectif. Une vision, une visée, une cible des plus nobles. Survivre. Quand il arriva à destination, Seth s’agenouilla, épuisé. Ses oreilles bourdonnaient et sa tête tournait affreusement. Quels que soient les évènements à venir, il fallait dorénavant qu’il gère son budget énergie convenablement. Il regarda partout autour de lui et se mit à marcher fébrilement en tâtonnant tous les murs qui croisaient son chemin. Il entendait Gros Jack pousser des cris gutturaux et quelques claques retentir par-ci par-là, et savait ce que cette composite sonore retranscrivait. Mais, focalisé, il n’y prêta pas attention. Il marcha comme cela jusqu’à trouver un mur étrangement bosselé qu’il tâta de la main à plusieurs reprises. Puis, il baissa les yeux et trouva des vêtements posés au sol. Lorsqu’il reconnut les habits de Naïla, il se colla les mains sur la bouche et fit demi-tour. Il marcha discrètement en direction de l’escalier de pierre menant au premier étage de l’entrepôt et se cacha en dessous, attendant sagement et sans bruit, les mains toujours collées à sa bouche. Il savait que son mutisme ne le gênerait surement pas, mais savait-on jamais. Il avait récemment appris à aimer véritablement, à ressentir du manque, à s’attacher, à ressentir. Peut-être que son cerveau différent débloquerait sa voix sous peu. Attentif et horriblement inquiet, il fixait le mur en face de lui, attendant sagement la suite des évènements.

« Elle est passée par là !! Cherchez-moi cette pute !! Je la veux VIVANTE !! » rugit un homme derrière lui. Et récupérez-moi tout ce qu’il y a à récupérer dans cet immeuble de merde !!

Seth tremblait. Il comptait les secondes intérieurement, espérant que tout se passe bien. Soudain, il sursauta quand il entendit la voix de Gros Jack résonner au loin.

« Sortez de chez moi, bande d’enculés !! Vous savez qui je suis ?!!!
— Ferme ta gueule, gros lard !! Tirez ! Trouez-moi ce fils de pute !! Que j’me fasse un manteau avec sa graisse !! »

S’en suivit un tonnerre de bruit, de détonations, d’explosions et de cris. Tout le monde s’écharpait, s’éventrait, se tirait dessus sans sourciller. Seth, tremblant et grelottant derrière son mur, se demandait comme un homme, sachant les dégâts et les dommages qu’il pouvait occasionner pouvait faire autant de mal à quelqu’un sans hésiter. Finie la collaboration, finie la négociation. « Tu as, je veux. Tu ne veux pas, je te tue ».
Tel était langage des hommes, désormais. Gros Jack, pour sûr, « avait ». De l’argent, des vivres, et accessoirement, des hommes à sa solde. Il était ce qu’on appelait communément : « un gros poisson ». Arraché à son océan de règne et d’affluence, Gros Jack rendit son dernier souffle en faisant exploser sa ceinture de poudre. Des morceaux de son corps et d’autres volèrent en éclat un peu partout, glissant macabrement aux pieds du jeune garçon. Quand le mur en face de lui cessa de vibrer, il constata que plusieurs tâches de sang étaient présentes sur sa surface. Il serra les poings et respira profondément, gardant son sang-froid et observant silence au maximum. La rixe de feu et de sang prit fin au bout d’une demi-douzaine de minutes. Seth retint sa respiration de plus belle.

« Écoute-moi bien sale pute !! Mes gars et moi on va revenir tout récupérer dans votre paradis crasseux. T’as intérêt à décamper d’ici là et à JAMAIS revenir !! Ou j’te jure que tu vas regretter d’être une putain de femelle ! Toi et le reste de tes merdeux, cassez-vous aussi loin qu’vous pouvez !! Et croisez plus JAMAIS notre route !!! SALOPE !!! »

Seth serra fortement les dents et sentit des larmes couler le long de ses joues, tout en se contentant d’exploser. Puis, au bout de quelques minutes, bien après que tous les soldats soient partis, il retira sa main de sa bouche les posa au sol. Il vomit le peu que son estomac contenait et se releva, encore plus fébrile. Il resta posé quelques secondes à fixer les restes du foyer gisant devant ses yeux, et sourit enfin, un léger sourire aux lèvres.  Adossée au mur en face de lui, la jeune femme réapparut progressivement à ses yeux, intégralement nue. Elle récupéra ses vêtements posés au sol juste devant elle, et s’habilla devant un Seth se cachant les yeux, rouge comme une tomate. Quand elle eut fini de s’habiller, il se jeta dans ses bras, enfouissant sa tête dans son cou.

« Je savais que tu comprendrais, Seth. Je savais que tu comprendrais ce dessin. Je suis désolée de t’avoir laissé, mais je ne pouvais pas te faire venir avec moi. Allez , allons-nous-en. C’est fini, on est libre. Viens, allons-nous en avant qu’ils ne reviennent. »

Sans dire un mot, Seth tendit une main vers l’épaule blessée de la jeune femme et ferma les yeux. Il resta comme cela quelques secondes et retira sa main avant de sourire à Naïla. Choquée de voir sa blessure entièrement cicatrisée, elle ouvrit la bouche sans pouvoir dire quoique ce soit. Après quelques secondes, elle réussit tout de même à demander, la voix tremblotante :

« Toi aussi ? »
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MessageSujet: Re: "Toi aussi ?" Sam 23 Avr - 22:08
Comparé à ton texte précédent, je l'ai trouvé plus dur à saisir. Donc je l'ai lu plusieurs fois pour bien piger, et c'est juste une construction d'un monde pour lequel on a pas toutes les clefs. Y'a beaucoup de nouvelles informations et de nouveau personnages, en plus de quelques mystères, mais t'as créé un vrai univers du coup. Alors, je doute que ça soit véridique, mais pour une raison étrange j'ai rapproché assez tôt ton histoire avec l'esthétique du film Turbo Kid. C'est peut-être ça qui m'a dérouté aussi ! Mais c'est définitivement le genre d'histoire qui mérite une suite :) (d'où ma question sur Facebook eheh).
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MessageSujet: Re: "Toi aussi ?" Lun 25 Avr - 7:46
Je suis du même avis que Nico: une suite ! J'adore l'idée et le style, par contre je ne suis pas sûre d'avoir tout saisi: un jeune autiste qui évolue dans un monde post-apocalyptique, en gros ? En fait je ne suis pas sûre d'avoir bien compris si ce monde est dans sa tête ou vraiment comme ça ? Ni le détail du dessin. En bref, je vais relire ta nouvelle plusieurs fois aussi ^^
Sinon pour "faire la relou" j'ai noté juste deux choses:
Redondance de "En effet" dans le paragraphe où le père trompe la mère. Et tu dis que les propos du père ont traumatisé Seth, mais ce ne sont pas ceux de sa mère plutôt ?

Voila, en tout cas belle interprétation du sujet :D
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MessageSujet: Re: "Toi aussi ?" Lun 25 Avr - 17:27
Black, Rhoswen,

Ce texte est fortement sujet à interprétation, c'est un choix narratif.
Je savais qu'il était était brumeux car encore une fois c'était voulu, toutefois tout laisse à croire qu'il est nébuleux.
Ca, en revanche, ce n'est pas voulu
.

Pour répondre à vos questions :

Rhoswen :

Oui, Seth est un jeune garçon autiste, vivant dans un monde post apo.
Oui, le dessin reste mystérieux exprès, pour que le lecteur se fasse sa sauce dans sa tête.
Non, Seth n'es pas plus traumatisé par les propos de sa mère car il les comprend. Attention, je ne dis pas qu'il adhère. Je dis qu'il comprend. Par contre, son père l'a physiquement menacé et l'a battu le soir ou il s'est confessé.
Ça, en revanche, ça l'a traumatisé.

Black :

Je n'ai pas vu Turbo Kid, je le rajoute à ma liste des "to see for". =D
Et... Le thème étant très aéré et très ouvert, j'ai voulu faire une histoire le moins révélateur possible, en accord avec un thème ouvrant un champ des possibles quasi infini. ^^

En tout cas, merci à vous deux pour vos critiques !
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MessageSujet: Re: "Toi aussi ?" Lun 25 Avr - 18:02
C'est brumeux oui, et je l'ai compris comme étant volontaire, juste pour être clair :P. L'histoire tourne autour de la notion in medias res et c'est intéressant ! C'est un risque en soi, parce que tu laisses le clefs au lecteur, et je pense que ça marche.
C'est marrant parce que je trouvais mon texte un peu "brumeux" aussi, en ne donnant qu'une quinzaine de documents pour une vie d'une trentaine d'année.
<3
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MessageSujet: Re: "Toi aussi ?" Mar 26 Avr - 7:56
Ahhh, d'accord, merci pour tes explications ! :)
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MessageSujet: Re: "Toi aussi ?"
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"Toi aussi ?"
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