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"I'm not Evil"
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MessageSujet: "I'm not Evil" Jeu 5 Mai - 22:02







I'm Not Evil


« Le vertige est un trouble affectant une personne dans le contrôle de sa situation dans l'espace, qui peut survenir en différentes circonstances ou pour différentes causes. Il se définit par une illusion de mouvements. En un sens plus large, le terme vertige peut s'appliquer à une sensation de malaise éprouvée par un sujet se trouvant de manière inaccoutumée en hauteur, le terme adéquat en médecine est acrophobie. » - Wikipedia


Le Twins Twister n'était pas vraiment ce qu'on pouvait appeler un bar bien fréquenté. Il était connu comme étant le point de ralliement de plusieurs gangs et autres malfrats. Ce qui, en soit, en faisait une cible privilégiée pour la police. Rien ne se passait jamais vraiment dans ce bar, cependant, en dehors de conversations et de plans plus ou moins ingénieux. Personne n'échangeait quoi que ce soit à cause de la surveillance policière incessante. Ce qui, encore une fois, en faisant finalement un endroit parfait pour cela, puisqu'aucun agent ne prenait plus la peine de fouiller la clientèle.
Seth s'approcha du pub avec un certain dégoût. Ce n'était pas le genre d'établissement qu'il avait l'habitude de fréquenter. Mais un job était un job. Il rentra dans le bar avec la démarche élégante qui le définissait. Tous les yeux se fixèrent sur lui en un instant, comme dans les mauvais films d'action. L'homme portait un costume trois pièces gris foncé sur mesure. Une chemise blanche, une cravate bleue, et deux boutons de manchettes argentés. C'était loin d'être le dress code habituel de la clientèle. A peine le seuil franchi, il analysa l'organisation de l'espace. Il aperçut l'homme qu'il cherchait au fond sud du bar. Il était caché dans un coin, derrière un poteau. Presque invisible aux yeux de n'importe quel client, mais pas à ceux de Seth. Le comptoir était à gauche de l'entrée, les toilettes au fond opposé de la cible ; et il semblait y avoir des escaliers derrière les portes battantes style saloon, sur lesquelles un signe « privé » était accroché. Seth sourit.
En fond sonore on pouvait entendre « The Black Widow » d'Alice Cooper. Il décida de s'asseoir à la table cachée derrière le poteau. L'homme en face de lui n'était pas aussi chic, mais il avait pris la peine de porter une cravate rouge un peu relâchée sur sa chemise verte délavée. Ses manches étaient retroussées. Il buvait sa bière tranquillement, de manière nonchalante, bien qu'elle lui avait permis d'acquérir un ventre relativement proéminent au fil du temps. Il n'était pas obèse. Encore quelques années, cependant, et la quarantaine s'en chargerait.

"Bonsoir. Seth Heller." Il lui tendit la main.
"Hum... Nolan Ottis. Désolé, mais j'aime bien boire seul." Un serrement de main n'était manifestement pas de rigueur, l'homme baissa la tête.
"Je peux comprendre." Il ranga sa main. "Mais j'ai un pari à vous proposer, si vous êtes prêt à mettre un peu d'argent en jeu."
Seth avait maintenant l'attention complète de son nouvel ami. Nolan adorait les paris, c'était en fait son pêché mignon, ou son pêché tout court en fonction de votre religion. Il n'avait jamais refusé un challenge, bien que cela eût été bénéfique quelques fois, les résultats étaient plutôt néfastes en général.
"Quel genre de pari exactement ?"
"Le genre où vous avez 50% de chance de gagner."
"Okay, et c'est quoi le principe ?" 50%, c'était finalement pas beaucoup quand on y pensait, mais c'était bien plus élevé que la moyenne des paris réalisés par Nolan.
"Vous prenez le temps d'écouter l'histoire que j'ai à vous raconter. Je vous promets de ne pas dépasser la demi-heure. Si elle vous plaît, je vous paye toutes les tournées de la soirée. Si ce n'est pas le cas, vous me payez votre part."
"Juste écouter ton histoire ?" Il n'avait en fait pas vraiment besoin de savoir ce qu'étaient les enjeux avant de se décider. Il venait tout juste de commencer à boire sa première bière. Si cette histoire se terminait bien, il pourrait se saouler comme jamais, et gratuitement. "Je peux toujours mentir en disant que je ne l'ai pas aimée."
"Oh, croyez-moi, je le saurai."
Nolan le dévisagea pendant quelques secondes. "Ça marche."
"Parfait ! Commandons nos premiers verres et allons dans un endroit plus calme. C'est le genre d'histoire qui attire l'attention."
Nolan était intrigué. Il ne savait pas si la confiance qu'il plaçait en cet étranger était légitime, mais il finit cul sec son verre et alla en chercher un autre, accompagné de l'homme en costume. Une pinte de bière à 9° pour le parieur, et un verre de whisky, du Blue Label, pour Seth. Nolan monta les marches des escaliers avec une certaine paresse. Il regrettait déjà le confort de la banquette du vieux bar. Les escaliers menaient au toit, un endroit qu'il apprécia plus qu'il n'aurait pu l'imaginer, malgré la hauteur des neuf étages. C'était le crépuscule, et le soleil lançait des rayons orangées hypnotisants. Ils marchèrent jusqu'au bord du toit. Nolan était quelque peu essoufflé par la montée des nombreux étages.
"Commençons, donc."
L'homme au costume posa son verre à terre. Nolan prit une gorgée de bière, qui finitE sur sa veste en coton. Seth le poussa du toit d'une main, faisant voltiger la pinte d'alcool neuf étages plus bas. Alors que Nolan avait encore ses semelles sur le rebord de l'immeuble, Seth le retient par la cravate, qui se resserra d'un coup. Il se retrouva ainsi, son verre dans la main droite, et la cravate de Nolan dans la main gauche. Encore incertain de la situation, le parieur trouva son équilibre actuel inconfortable. Il s'accrocha au bras de Seth autant qu'il le pouvait, avec ses deux mains.
"Wow wow wow, qu'est-ce que tu fous mec ?!"
"Eh bien ? Je prépare ma part du marché."
"Qu... Des bières ! Ta part du pari c'est des bières !"
"Non. Cela, vous voyez, c'est votre partie du marché. Moi, si je gagne, je lâche votre cravate."
"C'était pas du tout le deal !"
"Ça l'était. Vous ne vous êtes juste pas assez renseigné. Puis-je commencer mon histoire ?"
"Tu vas me laisser comme ça pendant une demie-heure ? Tu vas me lâcher avant ! Je dépasse les cent kilos !"
"Croyez-moi, je peux vous tenir autant de temps que nécessaire."
Seth sortit une cigarette de l'intérieur de sa veste avec sa main libre, et la porta à sa bouche. Il l'alluma à coups de Zippo, qu'il remit dans sa poche de pantalon. Il tira une bouchée et cracha sa fumée dans la figure de l'homme suspendu, apeuré, et surtout confus, qui se trouvait en face de lui.
"Bon, je vais commencer, vous voulez bien ? A moins que vous ne souhaitiez rester ici plus de temps que nécessaire."
La confusion se lisait sans problème dans les yeux de Nolan. "Je... J'imagine que je n'ai pas vraiment le choix." Il avait rapidement fait le tour des options qui s'offraient à lui. Dans tous les cas, il finissait neuf étages plus bas, sans passer par les escaliers. Le moindre faux pas pouvait le faire glisser du toit. Plus que l'homme en face de lui, il doutait de ses propres capacités. De grosses gouttes coulaient le long de son front.
"Non. En effet." Seth tira une longue bouffée de sa cigarette. Avec le peu de luminosité que le crépuscule offrait, la lumière produite par l'air s'infiltrant dans le tabac enflammé était aussi intense qu'un phare de voiture pour Nolan.

"Cela fait maintenant plusieurs mois que je me promène dans le comté, à récupérer des informations, des bibelots, et à mettre fin à la vie de quelques truands. C'est un peu devenu mon métier, si vous voulez. Homme à tout faire, en freelance."
"Tueur à gage ?"
Seth afficha un sourire sournois. "Parfois."
"Écoute, si c'est à propos du fric que..."
"Vous savez que je n'ai rien à faire de votre vision de l'histoire ? Je m'en fous royalement. Je ne veux pas vous paraître malpoli. Je souhaite seulement partir sur de bonnes bases. Nous ne pourrons conclure cette affaire uniquement grâce à une communication et une compréhension mutuelles. Entendu ?"
"D'accord..."
"Merci de ne plus m'interrompre." Le regard dur de l'homme figea le sang de Nolan. Une bouffée de fumée fut inspirée et recrachée en un rien de temps. "Mes débuts étaient relativement insignifiants. Quelques contrats ici et là, principalement de la recherche, d'objets ou de personnes. Jusqu'à ce que je tombe sur Tom Filigan."
Nolan déglutit. "Butterfingers ?"
"J'avais oublié ce surnom stupide !" Le visage de Seth c'était illuminé. "C'est toujours un plaisir d'avoir un auditoire qui sait de quoi on parle. Butterfingers, oui. Comme vous le savez sûrement, il servait de garagiste et de réparateur en tout genre pour la bande de Luciano. Le problème c'était que Luciano avait en ligne de mire une banque convoitée par un gang rival. Personne ne voulait déclencher une guerre, bien évidemment. Plutôt que d'attaquer des membres importants de l'équipe adverse, ces bandes tuaient des malfrats de seconde zone. Et c'est à ce moment que j'entre en jeu. Mon contrat c'était Butterfingers. Bien sûr, ce n'était qu'un garagiste, mais c'était lui qui fournissait les voitures pour Luciano. Et sans voiture, c'est beaucoup plus dur d'organiser un casse. Si je me débarrassais assez rapidement de Filigan, Luciano n'aurait jamais le temps d'engager quelqu'un d'autre pouvant lui fournir des voitures assez rapides. L'autre gang avait le champ libre pour braquer la banque en question."
"C'est toi qui..."
"J'ai dit quoi à propos des interruptions ?" Le silence qui suivit était tellement dense qu'on pouvait entendre la cigarette se consumer d'elle-même. "Bien. C'était un travail relativement simple. J'entrais dans le garage de Filigan, je laisse son corps froid toucher le sol, et je m'en vais. Mais ce n'est jamais aussi simple."

"J'entre donc dans le garage par la porte du côté, l'entrée des artistes. Il n'y a que trois ou quatre autres personnes dans le bâtiment. Je m'en occupe sans trop de problème. Un petit coup de couteau dans la trachée suffit à la fois à tuer un homme et à l'empêcher de crier si vous tranchez assez loin. C'est assez salissant, cependant, je déconseille.
Ce n'est qu'un garage, donc tout le monde est assez peu armé. Du moins, c'est ce que je pensais. Filigan se doutait que quelque chose n'allait pas, le garage était devenu beaucoup trop calme. Quand ses hommes n'ont pas répondu à ses appels, il s'est assez vite armé. J'aurais bien aimé m'occuper de lui avant qu'il ne mette sa main sur une arme, mais ce garage était énorme. Il pouvait contenir une vingtaine de véhicules sans aucun problème.
Maintenant, j'ai un molosse de plus de deux mètres de haut qui me cherche, avec M1928 dans les pattes." Nolan fronça les sourcils. "Un tommy gun. J'essaye de le prendre de flan, mais c'est un échec. Une salve de balles fuse vers moi, mais j'ai le temps de me cacher derrière une voiture. Son chargeur a une capacité de cent coups. Je suis coincé entre un véhicule et un mur, et lui il fait pleuvoir le plomb au dessus de ma tête. Je suis plutôt léger niveau équipement, je ne m'attendais pas à une telle attaque."
Nolan esquissa un petit sourire. "Prévoyant." Il se rappella de la règle du silence et reprit un visage sérieux.
"C'est mon premier job. J'étais jeune et insouciant, comme un bébé tortue qui pense pouvoir rejoindre la mer sans se faire happer par une mouette." Nolan trouva la métaphore ridicule, mais ne daigna pas faire partager son avis. Les hauteurs c'était vraiment pas son truc. "Je fais vite le tour des options que j'ai. Autre que celle de mourir. Je récupère plusieurs outils posés sur le dessus de la caisse en face de moi. J'en lance quelques uns à l'aveugle sans succès. Puis Filigan se retrouve avec un chargeur vide. Je me lève et lui lance un tournevis au visage avant qu'il ne puisse recharger son arme."
"Laisse-moi deviner ? Il lui rentre dans l’œil à la Tarantino ?"
"J'aurais bien aimé. Mais non. Le tournevis finit sa course du côté manche. Il atterrit cependant contre son nez, le brisant sur le coup. A cause du choc, de la surprise induite, et de son nez cassé, Filigan recule, lâche son arme et retombe sur son arrière train. Je m'approche pour en finir, et ce connard essaye de reprendre son arme ! Il me voit arriver en marchant, désarmé, et il se rue sur sa Thompson... J'accélère donc le pas, je récupère le tournevis que je retrouve non loin de là, et je le lui plante dans l'oreille, tout en lui maintenant la nuque avec mon genoux. Mort sur le coup, le bougre. Je dois aussi avouer que l'outil était incrusté dans son crâne jusqu'à la moitié du manche."
"Tu aurais pu prendre son flingue..."
"Où est le fun dans tout cela ?"
Nolan fut surpris. "T'es suicidaire ou quoi ?"
"Peut-être, qui sait. Ce n'est pas moi qui me balance au bout de ma cravate, ceci étant dit."
Le suspendu regarda le sol, puis se reconcentra sur Seth, pour le moment moins intimidant que la chute libre. Neuf étages, ça peut paraître peu, mais quand ils ont la possibilité de mettre fin à votre vie, vous relativisez la fragilité de la vie de manière beaucoup moins sereine. "C'est pour m'intimider ?"
"Pardon ?"
"Ton histoire, là. Tu me parles de tes exploits pour m'intimider ?"
"Pourquoi aurais-je besoin de vous intimider exactement ? Mh ? J'ai votre vie entre mes mains. Ce n'est pas assez intimidant ? Vous avez besoin de davantage ?" Seth relâcha la cravate pendant une demi-seconde, faisant chuter Nolan de quelques centimètres, puis resserra son poing.
"Wow wow, reste calme, mec ! Je suis intimidé, je suis intimidé !"
Seth s’esclaffe "Je suis intimidé ? Vraiment ? C'est tout ce que vous avez trouvé ?"
"Je suis un peu pris de court là !"
"L'intimidation c'est utile quand on cherche des réponses. Je ne pose pas de questions, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué."
L'homme en costume finit son rire, et bientôt sa cigarette. "Bref, Filigan est mort et forme une flaque de sang dans son propre garage. En le fouillant je trouve une sorte de pièce ancienne, le genre de chose qui peut avoir de la valeur. Alors je la glisse dans ma poche, juste au cas où." Seth fit un clin d’œil à son nouvel ami. Il inspira une dernière fois sur sa cigarette et lança son mégot sur Nolan, qui essaya de s'en débarrasser avec quelques gestes de panique, manquant de glisser encore une fois. Un regard noir s'en suit. Cela semblait amuser Seth, qui en profita pour se baisser et ramasser son verre, tirant alors sur la cravate de son compagnon de boisson. Nolan essaya de remonter, mais n'arriva qu'à déplacer ses chaussures de quelques centimètres. Ses genoux commençaient à lui faire mal.
Seth prir une gorgée de Blue Label. "Vous allez bien, là bas ?"
"Très drôle."
"Le problème dans cette histoire, c'est que je viens de tuer un membre de la mafia. Le genre de chose qui a de lourdes conséquences. Du genre à avoir Luciano aux fesses. Mais pas pour les raisons que j'imaginais. Luciano est arrivé chez moi, un jour, comme ça. Mon client précédant n'était manifestement pas du genre loyal. Ce qui était regrettable, vraiment. Il n'aura probablement pas vécu assez longtemps pour le regretter. Après tout, c'était lui le contracteur. Luciano a veillé à ce qu'il soit puni. Je me demande donc ce qu'il vient faire chez moi."
"Il t'embauche à son tour."
"Il m'embauche à son tour. J'avais accompli mon dernier contrat avec une efficacité redoutable. Et lui était en manque de personnel. Les mafieux ne sont pas particulièrement originaux. Le contrat était très proche du dernier que j'avais fait." Seth regarda sa veste, puis sa main. "Ça vous dérangerait de prendre une cigarette dans ma veste s'il vous plaît ?"
"Et puis quoi encore ?"
"Je peux toujours utiliser mon autre main. Mais j'aimerais vraiment éviter de devoir lâcher cette cravate une nouvelle fois. Je suis vraiment au bout et je ne suis pas sûr de pouvoir la rattraper cette fois-ci..."
"Ok, ok !"
Seth le fit un peu remonter en tirant sur la cravate et approcha son torse de l'autre homme. Nolan prit une cigarette de l'étui à l'intérieur de la veste et la posa sur les lèvres de Seth.
"Du feu ?"
Le processus se répèta avec le Zippo présent dans le pantalon. Nolan avait beau se retourner le cerveau, il n'arrivait pas à imaginer un plan où il arrivait à échapper à l'emprise de l'homme au costume ; sans finir en mode piñata sur le goudron plus bas, en tout cas.
"Bien aimable." Seth tira une bouffée puis regarda son verre. "Si vous pouviez..."
Nolan reprit la cigarette entre ses doigts. Dorénavant, il allait devoir servir de fume-cigarette, manifestement. Son autre main était toujours bien accrochée au conteur.

"Le plan c'était d'éradiquer le gang adverse d'ici la fin de l'année. Il ne pouvait se permettre de déclencher une guerre, encore une fois. Un mercenaire était donc parfait pour ce rôle de bourreau. D'après Luciano, ce clan, qui était autrefois allié du sien, lui aurait volé un objet d'une grande valeur. Suite au massacre des Hangmen, Luciano s'occuperait des fouilles. Mon travail se limitait aux tueries."
Nolan blanchit en une seconde. "Les Hangmen... ?"
Seth sourit de toutes dents. "C'est cela même."
Un bruit de tissus se fit entendre. C'était la cravate qui commençait à céder. Le nœud frémit pendant une seconde ou deux, puis plus rien. Cela suffit à inquiéter Nolan.
"Yo, elle est encore longue ton histoire ?!"
"Fallait parier sur des vêtements plus résistants." Il tira sur la cigarette tenue entre les doigts de son nouvel ami. "Je vais te passer la plupart des belles rencontres que j'ai pu faire. Il faut cependant que je te raconte le grand final. David Mann."
"Le Boss..."
"Le Boss, exactement. J'aurais bien aimé un grand duel à la Sergio Leone. Mais non. Je suis arrivé chez lui, il n'avait plus aucun sbire à portée. Aucun moyen de s'enfuir. Je venais de nettoyer sa tour d'ivoire de fond en comble. Je le retrouve dans son penthouse, face à l'ascenseur. A moitié shooté à la coke. Un simple tir aura suffit à le désarmer. Une balle dans sa main avec un 357 que j'avais récupéré sur le cadavre d'un de ses gardes du corps. Autant dire que son membre était proche de l'amputation. Il a crié, pleuré, et gigoté pendant plus d'une minute, tombé au sol à cause de la douleur.
Quand ça ne m'a plus amusé, je lui ai attrapé le crâne par derrière, je l'ai déplacé au centre de la pièce, et je lui ai encastré le visage dans la table basse en verre, façon mosaïque. Des morceaux de verre se sont plantés dans un de ses yeux, sa langue, ses joues, son nez, et tout le reste autour. La table était plutôt solide, elle n'est pas tombée en miettes sur le sol. Il n'arrivait cependant plus à bouger, son corps reste figé dans le verre, genoux posés sur le tapis. Il crie davantage puis perd connaissance. Des gouttes de sang tombaient ici et là, souillant le tissus marocain du tapis, qui s'empreignait telle une éponge. Il n'a pas fallu longtemps avant que des bruits d'eau se fassent entendre. Quelques morceaux de chair tombèrent également. C'est fragile le visage. Ça saigne pour un rien. Un nez en bouilli et un œil éclaté n'arrangent jamais rien, ceci dit. Je regarde mon œuvre pendant plusieurs dizaines de secondes, puis je finis par appeler Luciano. Les rainures créées par le verre brisé se remplissent de sang et forment de petites rivières écarlates devant mes yeux. Alors que la tonalité de mon téléphone se fait entendre, Mann se réveille, crachant ses dents, faisant des bulles avec son propre sang. Je dois avouer qu'il était plutôt costaud. Tout en prévenant Luciano du travail terminé, je me place au dessus de Mann, une jambe de chaque côté de son torse. Je lève mon pied et assène un coup puissant, avec mon talon, sur sa nuque. Le clac sonore avait eu quelque chose de satisfaisant. Comme si un géant de cinq mètres venait de claquer des doigts. Une fois de plus, son corps reste là, immobile, comme une œuvre d'art. J'avais pensé à "Sniffeur de crystal". Vous savez, comme c'est une table en verre, et qu'on appelle la meth du cristal." Seth ricana. "Ça c'est finit aussi rapidement que cela avait commencé. J'ai nettoyé le sang qui avait éclaboussé sur ma chemise dans ses toilettes, Luciano est venu attesté des dégâts, j'ai eu ma paie, et voilà."

Nolan resta bouche bée pendant quelques secondes. La cigarette qu'il tenait lui crama les doigts, ce qui lui fit la lâcher, et reprendre ses esprits. Il se racla la gorge.
"Et pourquoi je devrais croire que t'as fait tout ça ? Tuer tous les Hangmen ? Un seul homme ? Ça me paraît gros."
"Vous avez entendu les rumeurs. Et puis, je suis là non ? Nolan Ottis, dernier lieutenant vivant des Hangmen."
Cela fit un choc à Nolan. "Je vois pas..."
"N'usez pas votre salive pour rien. Je n'ai pas besoin d'être voyant pour savoir que c'est bien vous. Vos réactions suffisent."
Nolan croisa ses bras, montrant alors son désaccord, comme s'il avait oublié la situation dans laquelle il se tenait. Il reprit ses esprits en une seconde et se raccrocha au bras de Seth.
"Je sais que vous appréciez ce que c'est. D'avoir la vie d'un homme entre vos mains. Quand vous tirez un coup de shotgun dans le ventre d'un homme, et que vous entendez une pluie de sang gicler au sol alors qu'il tombe. Ce son est similaire à une gouttière percée lorsqu'il pleut à torrent. Vous entendez son âme s'échapper de son corps, goutte par goutte. C'est grisant. Une fois j'ai tranché la gorge d'un homme tellement violemment qu'elle s'est quasiment ouverte en deux, à la façon d'un distributeur de bonbons PEZ. Il s'est vidé de son sang en moins d'une minute, à moitié décapité. Il essayait toujours de parler, sa trachée faisant des bulles devant moi."
"Pourquoi vous me racontez tout ça ? Mh ?!"
"Vous savez qu'un silencieux c'est toujours assez bruyant pour être entendu à longue distance. Vous savez que les balles ça ne fait pas voler les gens. Elles traversent la chair, l'homme tombe à terre et c'est tout. Personne n'a jamais été projeté deux mètres en arrière à cause d'une balle de sniper. Et surtout vous savez qu'un mec qui crève c'est un mec qui se chie dessus."
"Vous voulez quoi ?! C'est pas moi qui ais votre fichu artefact de merde !"
"Je sais, Nolan, je sais."
Le pendu commença à sangloter. "J'ai une femme, tu sais..."
Seth laissa un rire s'échapper. "Bravo. Original. On ne me l'avait jamais faite. Les mariages c'est comme des caries. Vous pouvez traîner avec pendant un moment, mais à la première occasion il va falloir arracher ce qui gêne."
Nolan se calma et reprit son sérieux. Le coup du père de famille, ça ne coûtait rien d'essayer. "T'es pas un grand romantique, hein."
"Je ne vois pas l'intérêt d'une longue relation. Une femme ne peut pas t'offrir le bonheur, Nolan. Je connaissais une prostituée à une époque... Elle suçait tellement de queues à la minute qu'elle devait sniffer ses pastilles contre le mal de gorge pour tenir le coup. Tout le monde la voulait, elle n'avait même plus le temps de manger autre chose que de la..."
"Si tu lui avais mis la bague au doigt, elle aurait été à toi."
Seth ricana. "Je m'excuse pour mon langage, je me suis laissé emporter. Si nous nous étions mariés, elle aurait perdu toute son ardeur, tout son exotisme. Et puis elle a fini par apparaître sur la liste de noms de mes contrats. Elle a disparu, d'un coup, comme ça."
"Comme un pet dans une tornade."
"Comme un cadavre trop gênant."
S'en suivit un silence de plusieurs secondes.

C'est toujours long les face à face. Aucune télévision afin de détourner votre attention, aucun plat signalant le début et la fin d'un tête à tête. Vous êtes juste tous les deux, à vous regarder. Ce genre de situation pourrait être plaisante. Elle devrait être plaisante. Mais c'est juste étrange. On a juste besoin de regarder ailleurs, parfois.
"Vous m'avez retrouvé comment ?"
"Ce n'était pas très dur. Il suffit de trouver les bonnes personnes. Les faire parler. Le truc, vous voyez, c'est qu'il faut trouver de nouvelles techniques. Le meurtre ça n'épate plus personne. Il faut faire dans le spectacle de nos jours. Les hommes ne parlent que lorsqu'ils ont vraiment la gerbe. Exploser les dents d'un homme avec une clef à molette peut être une belle diversion. Il avale ses dents, il crache du sang, et les morceaux d'émail se coincent dans son œsophage. Mais si vous voulez avoir des confessions, bonne chance pour comprendre un seul mot. Ma technique préférée, c'est de délicatement planter des morceaux de métal sous les ongles de pieds. Et quand il croit que c'est fini, vous donnez un coup de pied violent dans chaque pique."
Nolan émit un petit rire. "Et jamais rien aux couilles, aux bites ? Je me fous de ce que vous avez pu faire à mes amis."
"Jamais rien aux parties génitales, non. Vous êtes dérangé, ou bien ? Si vous coupez les testicules de quelqu'un il va juste pisser le sang. Il meurt en moins de cinq minutes, pourquoi il vous dirait quoi que ce soit ?"
"Et donc vous torturez des gens ?"
"Ça peut arriver. Généralement les gens ne restent pas conscients suffisamment longtemps, cependant. Et je ne suis pas du genre à attendre qu'ils se réveillent. Je finis avec un coup de couteau dans le foie, ou avec une extraction cardiaque, c'est ce qui est le plus sûr. Mais cela s'apprend au fur et à mesure. Faut tester. La première fois que j'ai explosé un verre sur la gueule d'un mec, il a juste été assommé, et le verre m'a explosé dans la main, me coupant sévèrement. Il ne faut jamais exagérer. Si vous défoncez le crâne d'un homme avec des poings américains, il faut savoir s'arrêter. Au bout d'une minute son visage fera déjà le même bruit qu'une roche contre une éponge."
"T'es bizarre... Pourquoi tu me parles de tout ça ? Et à 80 mètres du sol ?"
"N'est étrange que celui qui est jugé... Je souhaite simplement que vous ne pensiez pas que tout cela soit personnel. Et j'aime bien discuter avec vous ! Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas assis avec quelqu'un, juste pour discuter."
"On est pas vraiment assis..."

Le crépuscule laissa sa place à la nuit, et les lampadaires des rues voisines s'allumèrent. Nolan vit alors les poignets de Seth, tatoués tous les deux. Son poignet gauche disait "I'm not evil", on pouvait lire sur son poignet droit "I punish evil". Nolan trouva cela un peu cliché, ce qui le fit sourire.
"Bon. Ce n'est pas qu'il se fait tard..."
Nolan perdit son sourire.
"T'es le dernier sur ma liste, et j'ai une grosse somme qui m'attend."
"Ça fait des années que j'ai pas remis les pieds dans cette ville..."
"Peut-être. Mais Luciano veut toujours ta tête."
"T'as pas à faire ça..."
"J'ai accumulé beaucoup de colère toutes ces années, et tuer me permet de relâcher la pression."
"Arrête de te foutre de ma gueule."
"Hey, ça veut pas dire qu'on doit être malpoli. Je ne t'ai pas refusé ton dernier verre en bonne compagnie. Les happy ends c'est pour de faux, c'est juste ce qui se passe avant que le générique ne défile. On ne voit pas ce qui a après. Le problème, c'est que tu as aimé mon histoire. Maintenant, je suis là, et, tu sais, je n'ai jamais lancé un mec du haut d'un immeuble pour encore. Ta cravate a tenu, tes genoux ont tenu. Bravo."
"Je ne comprends pas. Il y a une morale à ton histoire ?"
" Oh... La morale c'est que beaucoup de gens sont morts pour rien. Est-ce que le monde a changé ? Est-ce qu'on a essayé de m'arrêter ? Non. Le monde se porte beaucoup mieux sans ces hommes. Peu importe ce qui a provoqué leur mort. Un accident, un règlement de compte, moi, un pari."
Nolan se figea. "Écoute, mec..."
"Je sais que tu as aimé l'histoire. Il n'y a pas de chute à la "Sixième Sens", mais tu l'as aimée. Parce que ce qui compte, c'est ce qui nous amène ici. Tu as fait quelque chose qui a contrarié mon client. Et tu vas payer pour cela. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir une conversation civilisée, partager quelques anecdotes, expérimenter."
"Expérimenter ? … T'aurais dû me tuer dès le début, ça m'aurait évité de devoir écouter tes conneries !"
"Encore une fois, ce n'est rien de personnel. Il n'y a aucun twist. Je n'ai rien d'autre à te dire. T'as perdu la loterie, mec. Awake, arise, or be for ever fallen."

Seth lâcha enfin la cravate. Nolan fit une chute de quelques secondes et vint s'écraser sur le sol comme une poupée de chiffon. Ses articulations s'étaient pliées dans le mauvais sens, sa cage thoracique avait implosé à l'impact. "Et merde, je vais devoir le ramasser à la petite cuillère."
Il finit son verre cul sec, s'alluma une autre cigarette, et prit son carnet. Il tira un trait sur deux pages différentes et s'avança vers la cage d'escaliers.



Couper un nez.
Râper un torse avec une râpe à fromage.
Trouer un mec avec un lance-clous.
Décapiter.
Arrache des ongles de main.
Couper des phalanges une à une avec un Karambit.
Couper des morceaux d’œil, encore logé dans un crâne.
Couper des couilles.
Chute de plusieurs dizaines de mètres.





David Mann
John Aragari
Nolan Ottis
Taylor Leigh
Jesse Crendor
Abu Zadik
Laura Morsen
Mark Rumay
Stephen Bush

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MessageSujet: Re: "I'm not Evil" Dim 22 Mai - 16:38
Comme je te l'avais dit, j'adore l'ambiance installée dans ta nouvelle. Je sais pas pourquoi ça ma fait penser au Livre sans nom, dans le genre d'atmosphère - bref. Et j'aime bien le style "bribe de vie", où le lecteur intervient dans une scène et pas dans des mois et des semaines de la vie des personnages. Genre scène de film, m'voyez ? Et dernière chose, on reconnait ta patte dans les personnages, l'humour noir etc., et ça c'est cool :)
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MessageSujet: Re: "I'm not Evil" Dim 22 Mai - 17:00
Haha merci. Mais oui clairement y'a de l'inspiration cinématographique :3.
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MessageSujet: Re: "I'm not Evil"
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