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Food For Thought
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MessageSujet: Food For Thought Ven 8 Juil - 2:08


FOOD FOR THOUGHT



Walt Forman marchait le long de la rue avec son chien Max, un labrador couleur sable. Il s'éloignait habituellement très peu de sa maison, même Max devait se soulager sur le premier lampadaire qu'il pouvait trouver. Il recevait ses courses grâce à un service de livraison, toujours la même liste chaque semaine. Il avait fait installer une fente à courrier sur sa porte afin d'éviter de devoir marcher jusqu'à sa boîte aux lettres. Walt était à la retraite depuis deux années maintenant. On pouvait dire qu'il n'aimait pas vraiment rencontrer des gens. Cela avait été son métier pendant près de cinquante ans, maintenant il voulait du calme et du repos. Marié à son travail, il n'avait jamais vraiment pris la peine de courtiser les dames de son quartier. C'était un solitaire. Pourtant, il avait décidé de faire un long voyage.
Il partait d'Iron River, Wisconsin, sa ville natale, pour aller vers Flint, Michigan, la ville où il avait passé la fin de son adolescence en 1970. Cela représentait un voyage de 600 miles, près d'un mégamètre. Walt n'avait jamais eu son permis, et n'en avait jamais eu besoin. Le trajet se ferait donc en bus, soit onze heures de route par le pont Mackinac, situé sur la I-75. Il n'aimait pas vraiment l'idée de conduire au dessus de l'eau, mais le trajet par route rallongeait le voyage de plus de deux heures.

Une fois arrivé à l'arrêt de bus, il aperçut deux adolescents assis sur les bancs, en train de discuter. Puisqu'ils ne semblaient pas enclins à se lever pour laisser leur place, Walt resta debout, tourna le dos aux jeunes, et grogna un coup. Max s'allongea calmement sur le bitume tiède. Quelques dizaines de minutes plus tard, une quinzaine de personnes s'étaient rassemblés autour de l'abri. Walt eut droit à quelques salutations, auxquelles il répondit avec un signe de tête poli, mais quelque peu agacé. Finalement, le bus arriva, avec treize minutes de retard, remarqua-t-il. Les deux adolescents passèrent devant lui sans s'excuser et s'entassa dans le fond du véhicule. Walt monta les quelques marches, montra son ticket au conducteur, puis continua dans l'allée, avant d'être arrêté par la voix du chauffeur.

« Monsieur ! Monsieur, désolé mais on n'accepte que les chiens d'aveugle. »
« C'est un chien d'aveugle. »
« Oh, pardon... Je ne savais pas que vous étiez malvoyant... »
« Moi ? J'ai onze aux deux yeux. »
« Mais... Le chien... »
« C'est un chien d'assistance, ouais, mais là il est à la retraite ! »

Walt alla s'installer au milieu de la rangée de fauteuils. C'était pour lui l'endroit parfait. La plupart des gens aimait soit se cacher dans le fond, soit éviter les nausées en allant à l'avant. Max alla de l'autre côté du corridor, s'allonger sur deux sièges à la fois.
A peine le bus était-il parti que Walt entendit un enfant crier. Super. La dame deux sièges plus haut ne semblait pas pouvoir contenir son enfant, qui se plaignait de ne pas avoir eu sa sucrerie du jour. « Sucrerie du jour »... Walt priait pour que cela soit une métaphore pour un coup de pied au cul. Le chauffeur s'interposa dans la bataille.

« Madame, s'il vous plaît, si vous pouviez calmer votre enfant ou aller plus loin dans le bus. Je ne peux pas me concentrer sur la route. »
Elle semblait agacée par la requête, comme si c'était la faute du conducteur si son enfant piquait sa crise. Elle passa devant Max, qui roupillait déjà tranquillement.
« Votre chien qui s'allonge sur des sièges de bus, je trouve ça malpoli, monsieur Forman. »
Et ton chiard de gosse qui chiale pendant 10 minutes pour avoir une putain de sucette, c'est pas malpoli ?
« Je ne trouve pas cela malpoli, madame. Il n'y a quasiment personne dans le bus, il y a de la place, je pense qu'un vieux chien peut faire ce qu'il veut. »
Encore plus agacée, sûrement parce qu'elle ne semblait avoir aucune autorité sur qui que ce soit dans ce véhicule, elle continua sa traversée du bus vers le fond, où son enfant continua de se plaindre. Les cris continuèrent pendant un quart d'heure avant qu'une sucette se retrouva dans sa bouche d'enfant pourri gâté.

Après deux heures de route et six arrêts, Walt regrettait déjà sa bibliothèque. Cependant, personne n'avait osé déranger sa tranquillité en s'asseyant à côté de lui, ni n'avait réveillé Max. Il joua avec sa ceinture pendant cinq minutes. Il n'aimait pas ces ceintures qui se posaient à la hanche, trouvables dans certains bus. En cas d'accident, oui, il tenait à sa vie, mais il tenait avant tout à sa bite.
« Aurélane, finis ta sucette s'il te plaît. »
Aurélane ? Vas-y, redis le nom de ta conne de gosse ? Ça devrait être interdit de pouvoir faire ça à un enfant...
Un huitième arrêt à Nestoria, une heure plus tard, sur la M-28, attira l'attention de Walt. Un petit bâtiment, nommé « Cozy Inn », était affublé de plusieurs drapeaux inconnus au vieil homme. Après plusieurs minutes d'analyse, il décida qu'ils devaient appartenir à un groupe de métal quelconque. Une horloge un peu plus haut affichait « 11:11 ». Walt agrippa son sac et en sortit un petit flacon. Il posa sa sacoche sur son siège et alla donner ses médicaments à Max. Une petite caresse sur le haut de son crâne suffit à rabibocher les deux amis malgré la pilule amère qui venait d'être ingérée. En retournant vers sa place, Walt vit la chose la plus horrible depuis plusieurs heures.
Profitant de l'arrêt à Nestoria, et de la minute d'inattention de Walt, un homme avait pris sa place, en laissant son sac sur le siège d'à côté. Il alla récupérer sa sacoche et regarda les sièges autour de lui. Plus aucune place sans voisin, à part le siège de Max, qu'il n'osa pas déranger. Il s'assit donc avec son nouvel ami. Il possédait une odeur âcre, comme celle d'un professeur de techno. Du plastique, de l’étain, le brûlé, et de l'incompétence.

« Yo, mec, avant mes trente ans on me donnait toujours le ticket au dessus de trente ans sans rien me demander ! Et maintenant, on me demande à chaque voyage quel âge j'ai. Il se passe quoi ? On me la joue à la Benjamin Button ou quoi ?
Et tu me la joues à la Rain Man ?
« Je ne connais pas ce Benjamin. »
Walt était déjà agacé par cet intrus.
« Et t'as vu ça ? Le mec, devant ? Il a quoi, quinze ans ? Et il porte un t-shirt Nirvana ! Aucune chance qu'il connaisse le groupe, il doit juste penser que c'est un accessoire de mode ! Pfff ! Vous voulez que je vous raconte une histoire ?! »
« C'est l'histoire d'un mec avec un t-shirt Che Guevara qui se moquait d'un mec en t-shirt Nirvana, sans saisir la portée de son propre accoutrement ? »
L'homme regarda son vêtement rouge affublé d'un portait de barbu.
« Che qui ? »
Walt grogna de nouveau et alla déranger Max afin de retrouver sa tranquillité.
« Yo, mec, c'était pour engager la conversation ! »
Ouais, mais je veux pas l'engager, moi, la conversation.
«  Ouais, mais je veux pas l'engager, moi, la conversation. »

Trois heures plus tard, le Che était parti, et Walt avait pu reprendre sa place. Il était maintenant très fatigué. Il avait pu acheter un sandwich lors d'un des nombreux arrêts du bus, et avait amené quelques croquettes pour Max. Le bus s'était quelque peu vidé au fil du temps, mais lors du dix-neuvième arrêt, Walt remarqua une foule de gens sur le trottoir. C'était le dernier arrêt avant le Mackinac Bridge, reliant les deux rives du Lac Michigan. Une première fournée d'étrangers entra dans le bus, dont un grand homme bronzé, avec des marques sur le visage.
Je n'aime pas les gens marqués au visage, ça veut dire qu'ils ont fait quelque chose d'assez risqué pour attraper ça, et je sais pas ce que c'est, et ça me rend nerveux. Walt croisa le regard de Max, qui semblait étrangement accusateur. Ou ça pourrait être des cicatrices d'acné... Quoi qu'il en soit, il est tellement moche que même pour se branler il doit éteindre la lumière.
L'homme ne s'arrêta pas à côté de Walt et continua son chemin. A la place, une jolie blonde lui sourit de pleines dents. Yes ! Une jolie jeune fille, et pas un gros qui pue la bière et la transpiration.
« Bonjour mon... »
« Bonjour. », il lui retourna son signe de tête.
« Il ne fait pas un peu froid pour être habillé comme ça ? »
Walt portait une chemise noire, à manches courtes, serrée au col.
Je sais pas, il est pas un peu tôt pour me faire chier ?
« Nan, ça va, j'ai tout le temps chaud. »
« C'est votre chien en face ? Il a l'air excité ! »
Elle pointa du doigt Max, et énervait déjà Walt.
« Y'a beaucoup de monde dans le bus. »
« J'ai vu ça, oui ! »
Évidemment que t'as vu ça, connasse, laisse-moi finir ma phrase !
« Oui, du coup il aime la compagnie, et il attend qu'on le caresse. »

Pendant la conversation, l'odeur de la demoiselle eut le temps de se propager. Le vieil homme n'était définitivement plus aussi enjoué. C'est une de ces connasses qui se baignent dans leur bouteille de parfum chaque matin. L'odeur lui prit l'estomac, le retourna, et ne lui offrit rien d'autre que des nausées.
« Pardon, je dois parler au chauffeur. »
La jeune fille le laissa passer. Max le suivit au train.
« Excusez-moi, faut s'arrêter, je vais pas bien. »
« Désolé, monsieur, le prochain arrêt n'est que dans une demi-heure. »
« Écoute, mon gars, soit t'arrêtes ton engin, soit je te gerbe sur les pompes. »
Le conducteur arrêta le véhicule sur le côté et laissa Walt aller prendre l'air. Il restait encore deux heures de route, et il était hors de question qu'il retourne dans la purée de pois aromatisée à la rose et à l'abricot.
« Walter ! On vous attend à Flint ! »
Walt se retourna et vit un visage amical de l'autre côté de la rue.
« Emma ? Que faites-vous là ? »
« Je devais déposer mon beau-frère à son travail à la forêt de Pigeon River. Et vous, que faites-vous là ? »
« Je prenais le bus, » il pointa du doigt l'engin, « mais je me suis senti malade alors je suis sorti... »
« Oh mon... Finissez donc la route avec moi ! »

Walt fit un signe au chauffeur comme quoi il changeait de taxi et finit les trois heures de route avec la connaissance commune qu'il avait avec Tom, l'ami qu'il était venu voir. Max et lui ont passé le reste du voyage à ronfler lourdement. Il arrivèrent enfin à leur destination, à Flint, Michigan, dans le quartier de Woodside.
« J'avais peur d'arriver en retard, rentrons. »
Walt et Max entrèrent dans le bâtiment. Le vieil homme déposa un plat de biscuits sur le buffet à l'entrée, parmi les autres gâteaux. Un autre ami commun avec Tom vient le saluer.
« Révérend ! On vous attendait ! Vous venez de tellement loin ! C'était vraiment pas obligé. »
« Si. »
« … Attendez que je vous présente à notre propre pasteur ! Nick ! Voici Walter Forman. »
« Aucune chance que vous soyez un Forman ! », il lui serra la main.
« Bah... si. »
Les deux frères du vieil homme avaient également passé une partie de leur adolescence à Flint. A la différence de Walt, ils avaient fini par y revenir et y monter leur entreprise. Ses frères avaient hérité des traits fins du côté de leur mère, ce qui les différenciaient fortement du pasteur. Sa remarque est peut-être raciste, ou sexiste, ou un autre truc en -iste qu'un frustré aurait inventé la veille... Mais là j'ai juste envie de m'en débarrasser.

Une demi-heure plus tard, la cérémonie était à son apogée. Walt entendit d'une oreille deux des invités parler de ses biscuits.
« Tu crois qu'on peut les manger ? »
« Ça vient de Forman. Le connaissant c'est probablement maudit, et ça va t'envoyer vers une autre dimension. Mais, ouais, bien sûr, vas-y, enjoy the ride. »
Il les dévisagea, ce qui se fit remarquer. Les deux hommes prirent un cookie, les croqua, puis partirent chacun de leur côté. Le pasteur du coin héla Walt.
« Pasteur Forman, un mot ? »
Walt monta sur l'estrade et déplia un papier froissé qu'il avait dans sa poche de pantalon.
«  Hem... On avait eu une discussion musclée un jour, Tom et moi. Il avait tendance à rire de tout. Des maladies. Des accidents. De la mort. Je lui avais demandé s'il avait déjà pris quelque chose au sérieux. Avec un regard déterminé, il m'avait demandé si prendre un sujet au sérieux empêchait d'en rire. » Walt lança son premier sourire de la journée. « Et je lui avais dit que oui. Et même s'il avait un bon argumentaire, et que je prends toujours les choses trop au sérieux aujourd'hui, je m'en tiens à cette réponse. Car, là, sa mort ne me fait pas du tout rire. »

Walt descendit de l'estrade, tira le col blanc de sa chemise noire et alla le déposer dans le cercueil de Tom. Il quitta l'église, avec Max derrière lui, en train de traîner de la patte avec deux cookies dans la gueule. Les deux amis se dirigèrent vers la gare routière, prêts à retourner dans le confort de leur maison.

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