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"The Samaritans" [Shi Series]
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Date d'inscription : 08/03/2016
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MessageSujet: "The Samaritans" [Shi Series] Ven 26 Aoû - 12:37



















The Samaritans

Ethan vit deux camarades de classe parler devant lui. C'était prohibé, surtout pendant les heures de rédaction administrative. C'était un cours sérieux, ou chaque erreur pouvait faire tomber vos notes dans les abysses du prolétariat. Pourtant, ils continuaient. La fille donna un coup de coude dans l'échine de son voisin.

"Hey, on va voir un film ce soir."
"Je sais !", répondit le garçon, agacé.
"Tu sais ce qu'on va voir ?"
"J'ai ma petite idée." Il se retourna vers Ethan en faisant un petit couinement, probablement un rire caché, qui fut vite partagé avec sa voisine de classe. Un coup de règle percuta les doigts des deux bavards.
"Un seul mot et vous serez suspendus." Le professeur avait l'air sévère. Sa mine blanchâtre contrastait avec sa chemise et son pantalon gris. Il jeta un regard à Ethan, hocha la tête de quelques millimètres, puis retourna à son bureau précaire. Le Ministère de la Sagesse n'avait que très peu de moyens, mais les écoles avaient appris à s'en servir judicieusement. Elles achetaient les bureaux pour les professeurs, qui étaient taxés de quelques pièces chaque mois pendant les trois années suivantes pour amortir les coûts ; et laissaient les familles des élèves la liberté de choisir ce qu'il convenait le mieux aux enfants. La plupart du temps, ils se retrouvaient à devoir écrire sur un papier à moitié délavé, avec un crayon graphite de deux ou trois centimètres, à même leurs genoux.

Quelques minutes de silence plus tard, une lourde sonnerie se fit entendre. Le professeur se leva et beugla quelques ordres.
"Tout le monde prend ses affaires, son ticket, et direction le cinéma ! Immédiatement !"
Ethan et ses camarades s'exécutèrent, non pas qu'ils avaient vraiment besoin d'un ordre pour cela. Un peu moins de cent élèves et professeurs arrivèrent jusqu'au vieux bus. Après deux bonnes minutes de bruits stridents, le véhicule démarra et se dirigea vers le centre de la ville.

"Hey, Ethan !" C'était Ryan, celui qu'il considérait comme se rapprochant le plus d'un ami.
"Quoi ?"
"J'ai gardé ça pour toi, tu peux le garder et tu penseras à l'école quand tu le mangeras." Ryan lui tendit une petite tablette de chocolat.
"Ils nous fouillent avant d'entrer. Comment tu veux que je garde ça ?"
"Bah... Tu sais..."
"Ça rentrera jamais dans mon cul."

Ils décidèrent de manger les quelques carrés de chocolat dans le bus, afin d'éviter des problèmes plus tard. A peine eurent-ils le temps de nettoyer les traces marrons apparues sur leurs dents avec leurs langues que le véhicule se garait déjà. Quelques mètres plus loin, un large bâtiment orné de grands panneaux lumineux défaillants affichait « CINEMA n°42 ». A l'entrée, quelques gardes armés vérifiaient déjà l'identité des spectateurs, en prenant soin de récupérer les tickets, et les produits de contrebande. Des noms étaient marqués sur des listes. Lorsqu'Ethan passa son ticket nominatif, le garde le lui rendit et lui fit signe de passer.
Les élèves rentrèrent dans une salle gigantesque, mais spartiate. Il y avait deux grands bureaux face à face sur l'estrade, une grande télé et une dizaine de plus petites sur le côté droit, et un peu plus d'une centaine de chaises éparpillées ici et là. Il n'y aurait jamais assez de mobilier pour tout le monde, mais c'était assez commun. Plusieurs spectateurs venaient toujours avec leurs propres chaises, tabourets, caisses, et autres supports ; alors que d'autres préféraient simplement rester debout. Il y avait déjà quelques personnes présentes, les élèves s'empressèrent alors de réserver leurs places. Au bout de quelques secondes, tout le monde était déjà assis, à part Ethan. Il monta sur l'estrade et s’assit sur l'une des chaises, proches de la table sur sa gauche. Toute l'assemblée le dévisagea, et quelques murmures se firent entendre ici et là. Plusieurs minutes plus tard, une dame souriante vint s'asseoir à côté de lui.
"Alors, quel est le programme de la soirée ?"
"Vous verrez."

Comme pour valider sa réponse, un homme en grande toge noire rentra par le côté de la salle. Il salua de la tête les gardes, la dame souriante, et Ethan. Il s’assit sur le bureau d'en face. Il sortit son attaché-case, en retira des papiers, éparpilla quelques feuilles en face de lui, et prit la parole.
"Bien. Monsieur Ethan Red. Êtes-vous satisfait de votre avocate ?"
"Je souhaite me représenter seul."
"C'est votre droit."
La dame souriante, qui ne l'était plus vraiment, prit sa chaise et alla s'asseoir avec le reste de l'assemblée, déçue de ne pas pouvoir assister au spectacle aux premières loges.

"Comme vous le savez, lorsque le samaritain est choisi par le Ministère de la Natalité, le chef d'accusation est choisi au hasard parmi un amas de petits papiers. Puisque Monsieur Red, ici présent, est volontaire, il peut lui-même le choisir."
"Meurtre." L'assemblée lança un cri d'étonnement général. C'était la pire sentence possible. Un véritable challenge pour l'accusé.
"Eh bien, cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu de meurtre dans cette ville. Et vous plaidez ?"
"Coupable." La foule s'agita encore plus.
"Vous nous promettez un joli film. Merci bien, Monsieur Red."
"Je choisis l'option crime justifié"
"Bien évidemment."
C'était intelligent de la part d'Ethan, puisqu'un meurtre est en soi impossible à défendre. A partir du moment où vous étiez accusé de meurtre, plaider non coupable menait indubitablement à votre condamnation. Dans le cas où vous plaidiez coupable, il fallait trouver une excuse qui pouvait vous éviter la corde. Dans le cas du meurtre, c'était la légitime défense.

En 2084, une nouvelle drogue fit son apparition sur le marché, l'eurépine. Elle contrôlait au mieux les pulsions agressives des habitants. Évidemment, un sevrage était effectué dès lors que vous étiez sélectionné par le Ministère de la Protection. Elle avait malheureusement bouleversé bien des habitudes, y compris au sein du gouvernement. Le Ministère de la Justice avait été réduit, d'année en année, puisque peu de crimes avaient dorénavant lieu. Le problème n'était pas tant le chômage, mais plutôt le nombre de morts par mois, quasiment réduit aux uniques décès de vieillesse. C'était devenu inadmissible. Un dixième ministère fut donc créé : le Ministère de la Natalité. Son but était de trouver une solution à la surpopulation. Un autre obstacle était survenu : le manque d'informations bénignes à transmettre empêchait le gouvernement de distraire la population des vrais problèmes. La Ministère du Savoir avait donc engagé quelques journalistes afin de produire de fausses nouvelles. L'imagination n'était cependant pas limitée, et il devenait de plus en plus difficile de trouver des histoires distrayantes. Le nouveau ministre de la Natalité finit par trouver une solution pour les deux problèmes : « Les Samaritains ». Au début de chaque mois, puis très vite chaque semaine, plusieurs dizaines de personnes étaient sélectionnées afin de participer à l'émission. Elle se déroulait comme une séance de tribunal afin de rajouter au dramatique. Il existait plusieurs finalités, qui suivaient les lois habituelles. Si votre faux crime était jugé trop sérieux, c'était la mort. Si le juge était sympathique, vous seriez obligé d'effectuer plusieurs mois de travaux forcés, qui vous tueraient de toute façon. C'était un honneur pour les habitants, mais cela n'empêchait pas certains opposants d'essayer de lever la voix. Ils ne passaient pas par l'émission, mais finissaient tout de même aux travaux forcés.

"J'ai rencontré Mr Winston non loin du Ministère de la Richesse. Il tournait autour du bâtiment avec un air louche. Lorsque je me suis approché pour lui demander si tout allait bien, il m'a rejeté d'un coup de bras dédaigneux. Il a fini par attraper un objet dans sa poche et jouer avec. Avec les récentes explosions au Palais Impérial, j'ai eu peur qu'il ne soit un de ces rebelles. Seulement, le danger semblait imminent. Je n'ai pas voulu prendre le risque d'aller alerter les gardes, il aurait pu faire sauter le Ministère entre temps ! J'ai donc pris les choses en main et l'ai frappé avec une pierre qui traînait là. C'est à ce moment-là que j'ai contacté un garde et lui ai montré le corps."
"Bien. Premier témoin."
"Ryan White."
Ryan était tout excité, il s'approcha de l'estrade et remercia Ethan d'un hochement de tête.
"Monsieur White, qu'avez-vous à dire pour la défense de l'accusé ?"
"C'est un très bon ami, Monsieur le Juge. Je suis certain qu'il n'aurait pu commettre une tel acte !"
"Votre défense est donc la présomption d’innocence ?"
La foule laissa s'échapper un rire.
"Heum... Non.... Je voulais dire..."
"Vous connaissez l'accusé, peut-être êtes-vous complice ?"
"Non, monsieur, il l'a fait seul !"
"Donc il l'a fait. Merci monsieur White."
"Non je voulais..."
"Merci ! Monsieur White." Le juge haussa le ton.
Ethan laissa s'échapper un soupir. C'était la pire intervention que l'émission avait dû voir depuis sa création. Il venait de gagner un point de culpabilité en quelques secondes. Pathétique. Si un ami ne pouvait pas le sauver, peut-être qu'un inconnu le pourrait.
"La dame, au premier rang, là."
L'ancienne avocate se leva et se présenta face au juge.
"Non ! Je voulais dire..."
"Laissez le témoin parler, monsieur Red."
"Merci. J'ai en effet vu l'accusé interagir avec la victime, mais ce n'était en aucun cas un crime justifié. Rien dans les gestes ou les actions de Mr Winston ne laissait présager un acte de malveillance."
Elle fut remerciée par le juge, lança un sourire satisfait à Ethan, fou de rage. Il valait mieux ne pas choisir une avocate que vous aviez renvoyée à une place de spectatrice, manifestement. Mais ce n'était pas son intention. C'est elle qui avait profité de son manque de précision. Il ne lui restait plus qu'une chance. Il croisa un regard bleu et souriant.
"Le vieux monsieur au pull mauve."
L'homme était manifestement ravi de pouvoir aider. Il raconta avec détails ce qu'il s'était passé, faisant de multiples éloges envers l'accusé. Ethan fut ravi. Ce ne fut pas le cas du juge. Les petites télés, allumées ici et là pour les gens du fond et les quelques absents qui regardaient à la maison, laissèrent apparaître le visage du magistrat.

"Je vais devoir compter ce témoignage comme un troisième point de culpabilité."
L'assistance souffla son étonnement.
"La situation était claire. Même si l'homme était effectivement dangereux, vous n'auriez pas dû agir seul. Vous auriez dû avertir la garde, même en cas de danger imminent, ce n'est pas au peuple d'accomplir les sentences du Ministère de la Justice. Que cela serve de leçon à tout le monde ici présent. Écrivez des rapports, ne tuez pas à l'aveugle."
Ethan comprit bien vite que son cas avait été décidé dès le commencement de ses explications. C'était de sa faute, il avait mal engagé la conversation.
"Vous ne m'avez pas convaincu, monsieur Red, et les témoignages sont clairs. Vous êtes déclaré coupable. La sentence est la mort."
C'était un cas assez rare pour les volontaires. Les chefs d'accusation étaient délivrés aux personnes désignées par le Ministère, mais si vous vous rendiez volontaire, vous pouviez choisir votre chef et le défendre. Bien souvent, les cas étaient mineurs, et défendables sans trop de problème, sauf si vous tombiez sur trois témoins peu inspirés. Si vous gagniez votre cas, vous ne pouviez pas être ré-accusé un autre jour. Sauf évidemment si vous êtes coupable de traîtrise, dans ce cas c'était la mort assurée.

L'audience était excitée et impatiente. La ville était plutôt calme d'ordinaire, cela faisait plusieurs mois qu'une sentence à mort n'avait pas été déclarée. La plupart du temps, de simples travaux forcés étaient offerts. Le Maire avait entamé la construction d'un grand bâtiment près de la route 48, et cela demandait de la main d’œuvre.
Un des gardes armés prit Ethan par le bras. Le garçon ne semblait pas tellement préoccupé par son sort, il était plutôt déçu d'avoir perdu son film. Il avait tellement confiance en son scénario. Il fut amené dans une salle dans le fond. Dans la salle de cinéma, le plus gros écran s'alluma, permettant à la salle entière de voir ce qui se passait quelques mètres plus loin. Le garde donna un coup de talon dans le genou d'Ethan, qui tomba à genou avec une certaine douleur. Il y eut une pose, comme si un accord devait être donné, puis un coup de feu se fit entendre. Une gerbe de sang, et Ethan tomba de tout son poids sur le sol. C'était net et rapide. Les sponsors permettaient à l'émission de survivre, et l'argent restant était envoyé au Ministère de la Natalité. Comme de nombreux directs avaient lieu au même moment, les séances ne pouvaient pas durer plus d'une demi-heure ; bien souvent, la sentence était alors appliquée avant même que tous les cinq témoins aient été appelés.

"Bien. On se voit la semaine prochaine pour le cas Ryan White. J'espère que vous aurez la décence d'avoir une affaire plus palpitante, volontaire !"
Tout le monde rentra chez soi avec le sourire aux lèvres et la satisfaction d'avoir passé un bon moment. La nouvelle loi sur l'épuration des habitants était appréciée de tous. La surpopulation devenait un réel problème, et on pouvait s'amuser dans le processus. Des milliers de cinémas avaient été bâtis dans le pays. On estimait qu'environ 200,000 personnes tuées, déportées ou pire, quotidiennement, devrait rétablir la stabilité économique d'ici une quinzaine d'années. Beaucoup de personnes seront bien tristes de voir ces cinémas disparaître, mais c'est pour le bien commun. Il restait toujours la possibilité de ralentir la cadence pour les faire durer plus longtemps, mais couplé avec la politique de l'encouragement des suicides lancée par le gouvernement, il allait falloir aménager de nouvelles structures.
« Les Samaritains » était une mine d'or pour l'Empereur et ses ministres. Le gouvernement avait augmenté les salaires quelques jours avant la diffusion de la première émission, ce qui avait engendré une vague de contentement. L'émission avait été rendue obligatoire, et le prix des tickets était tel que même avec la hausse de salaire, le peuple perdait de l'argent, mais le gouvernement en gagnait. Les citoyens ne s'étaient pas rebellé, ils pensaient qu'une telle pratique était normale, une émission d'une telle envergure devait coûter énormément d'argent à l'Empereur ; il était donc normal que les tickets soient chers et qu'ils participent à son développement. Tout avait changé depuis l'année 2084, mais personne ne s'en plaignait.
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