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Godspeed, Detective
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Messages : 91
Date d'inscription : 08/03/2016
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MessageSujet: Godspeed, Detective Ven 10 Mar - 19:58


Godspeed, Detective



Lorsque vous partez à la retraite, vous avez souvent un goût amer dans la bouche. Certains diront que c’est la faute à la vieillesse et ses nombreux petits défauts. Pour Rob, il était clair que cette amertume venait plutôt du chiffre inscrit sur son chèque de pension. Est-ce donc tout ce que valaient une quarantaine d’années au service de la communauté ? Si la caisse de retraite de la Police n’avait pas les moyens de vous faire manger convenablement, il n’y avait alors plus qu’une seule alternative : travailler à plus de soixante ans. Rob choisit le métier qui incombait bien trop souvent aux anciens flics : détective privé. Il n’excellait pas forcément au métier d’enquêteur, mais il était hors de question de faire cassier dans un supermarché discount, même au rayon armes à feu.
Les trois premières années de travail post-retraite ne furent pas brillantes. Quelques cas mineurs, des personnes kidnappées qui avaient simplement fuguées, des hommes jaloux qui voulaient faire surveiller leurs femmes malhonnêtes, et même quelques cas de meurtres – d’animaux. En bref, aucun cas n’aurait vraiment pu être utilisé par Raymond Chandler afin de construire une histoire qui vous tiendrait en halène pendant plus de deux cent pages. Un cas, pourtant, finit par lui construire une réputation solide.

"Robert Brankle, je présume ?"
"Rob."

Madame Casta avait contacté le cabinet Brankle & Co (Rob était le seul employé, mais les compagnies avec un "&" sur la façade marchaient mieux, d’après lui en tout cas) pour un cas qui n’était que trop familier pour l’ancien policier. Une "affaire de vie ou de mort", s’il pouvait croire l’homme qu’il avait eu au téléphone. Apparemment, le chien de la dame aurait été enlevé, et bien qu’il possédait une valeur incalculable, Mme Casta souhaitait le retrouver avant qu’une rançon ne soit envoyée. C’était, une fois de plus, une histoire d’animal volé pour le grand détective Brankle. Il commençait vraiment à en avoir marre de ce métier ingrat. Lorsqu’il était dans la police, au moins, il avait pu arrêter de vrais bandits. Des kidnappeurs de chiens ? Il avait autre chose à foutre… Mais lorsque la propriétaire du Manoir Casta vous demande un service, vous avez tendance à être attiré par l’odeur du papier vert. Rob portait sa toute nouvelle veste. Elle était juste un poil trop petite, ce qui rendait son teint encore plus rougeâtre qu’à l’habitude. Il n’était pas obèse. Il était gros. Mais il n’était pas obèse. Il n’était pas alcoolique, il ne fumait pas, il ne buvait même pas de café. Alors, il avait bien le droit à un petit éclair au chocolat une fois de temps en temps, non ?

"Pensez-vous pouvoir récupérer mon petit Poppy ?"
"On va commencer par résumer toute l’affaire, si vous le voulez bien, Mme Casta. Avez-vous une photo de l’animal ?"
"L’animal ? Oh, Poppy, bien sûr !"
Elle fit quelques pas vers une table en acajou de Cuba qui devait coûter le salaire annuel du détective, puis sortit un porte-feuille de la taille d’un petit cahier de son sac à main de grande marque.
"Voilà. Vous pouvez la garder, j’en ai déjà une tonne."
Un grand Dalmatien se tenait fièrement assis sur la photo, le regard vif, plongé dans l’objectif devant lui. Un vrai poseur. Il tenait dans sa gueule une de ces friandises pour chiens qui les aident à avoir l’haleine fraîche et les dents blanches. En soit, rien qui ne le démarquait des autres Dalmatiens qu’il avait pu voir auparavant (cette expérience se résumait aux films de Disney).
"Je vois sur la photo qu’il dispose d’un collier, est-ce qu’il a été pucé ?"
"Bien sûr, pucé, vacciné, tout ce qu’il faut !"
Rob lança un regard sans vie à la dame qui se tenait fièrement, elle aussi, devant lui.
"Je veux dire, est-ce qu’il dispose d’un système de géolocalisation ?"
"Ah, oui !"
"Et vous n’avez pas cherché de ce côté là ?"
"Ce machin n’a jamais marché. Le Docteur Wells avait fait le nécessaire plus d’une fois, mais le matériel n’était juste pas bon…"
"Docteur Wells ?"
"C’est le vétérinaire de Poppy. Il a réalisé tous ses examens et ses soins depuis sa naissance. C’est également un médecin traitant hors pair !"
Rob laissa passer dans son esprit une image de Madame Casta se faisant examiner en même temps que son chien, puis la chassa, plus par dégoût que par gêne.

Puisqu’il fallait bien justifier ces honoraires honteuses, qui avaient bizarrement montées en flèche depuis qu’il avait appris le nom de sa cliente, Rob décida de se rendre chez ce fameux Dr Wells. Si le chien était pucé, il possédait forcément des informations supplémentaires. Rob n’avait, en vérité, aucune piste, et n’était qu’à deux doigts de faire le tour de la ville dans sa voiture et ramasser le premier Dalmatien qui passerait dans sa ligne de mire. Ce n’est pas comme si cela n’avait pas marché pour les deux derniers cas similaires.

"Docteur Wells ?"
"Monsieur Brankle ! Mme Casta m’a prévenu de votre arrivée. Vous souhaitez avoir des informations sur Poppy ?"
"C’est exact. J’aimerais surtout savoir si le géo-localisateur qui se trouvait sur lui avait pu acquérir quelque information que ce soit ?"
"Hélas, non. Le produit est tombé en panne moins de deux mois après sa mise en place. Malgré divers remplacements, Poppy n’a jamais vraiment été équipé d’un matériel de bonne qualité."
"… J’imagine que ce n’est pas un problème de moyens ?"
"De la part de Mme Casta, non. Il faudrait plutôt se plaindre à M. Iron."
"Monsieur Iron ?"
"Iron est l’heureux possesseur de la seule boutique high-tech de la ville. Malgré son monopole, au fil des années, son matériel ne s’est malheureusement pas amélioré. Quoi que vous achetez chez lui, ça tombera en panne au bout de quelques mois. C’est pourquoi j’ai commencé à commander mes articles chez d’autres marchands, en dehors de la ville."
"Malheureusement pas assez tôt pour Poppy…"

Le Docteur ne put donner aucune autre information, secret médical oblige. Il restait un dernier homme sur sa liste d’indics, et il voyait difficilement comment il pourrait lui retirer des informations ; mais puisqu’il n’était que onze heures du matin, il ne voyait pas comment s’occuper autrement avant son déjeuner. En sortant du cabinet du docteur, un pot de fleurs explosa à ses côtés, comme si un fantôme venait d’y lancer son poing.
"Nom de dieu !"
Rob courra vers sa voiture et s’y enferma. Cela n’était pas la première fois qu’un objet semblait imploser à ses côtés. Il commençait réellement à se sentir paranoïaque, et maintenant qu’il y pensait, il aurait dû en parler au docteur en passant. Il oublia cette affaire-là et se dirigea vers le magasin d’électronique.

En s’approchant du magasin "Iron & Co", Rob ne put s’empêcher de se demander si le chiffre d’affaire était bon. Cette pensée fut balayée d’un coup de vent lorsqu’un client sortit du bâtiment en criant quelques injures en direction du caissier. Un poste de radio qui serait tombé en panne trois mois après son achat. Rob rentra dans le magasin sans grand espoir.
"Monsieur Iron ?"
"Oui ?"
"Mme Casta et Dr Wells m’envoient. Je viens vous voir au sujet d’un géo-localisateur pour animaux ?"
"Produit très vendeur. Ils en veulent un nouveau ?"
"Nan… Comment êtes-vous toujours ouvert si vous avez de si mauvais produits ?"
"Pardon ?!", l’homme semblait réellement choqué, et déçu, "Mes produits sont remarquables, ce sont les clients qui ont tendance à les traiter avec un peu moins de tact que ce qui est recommandé !"
"Soit. Quoi qu’il en soit, le produit est tombé en panne, et le chien a disparu. Il n’y a aucun moyen d’en obtenir quelque information que ce soit ?"
"… Je veux dire… S’il est en panne, non, il ne va pas donner d’informations."
"Ça coûtait rien d’essayer." Rob regarda sa montre et ressentit une grande fatigue lorsqu’il y lu onze heures quinze. "Et vous n’avez jamais eu de problème avec la justice ? Un client mécontent qui porte plainte ?"
"C’est le pouvoir des contrats !" Iron lança un grand sourire, qui disparut vite. Après quelques secondes de réflexion, il y eut comme un éclair de compréhension dans ses yeux. L’homme devant lui n’allait jamais rien lui acheter, quoi qu’il arrive. "Vous voyez, les gens signent sans lire. Ils accepteraient n’importe quoi, sans même s’en rendre compte. Une petite griffure sur un texte qui explique qu’ils ne peuvent pas se plaindre et qu’aucun retour n’est accepté, et voila."
"Les clients ne finissent pas par partir ?"
"Je suis le seul vendeur dans le coin, pour être tout à fait honnête. J’ai tué la concurrence, métaphoriquement parlant, bien entendu. La ville est assez petite pour qu’aucun autre commercial ne tente sa chance, et puis j’ai des amis à la mairie."
"Mmh…" Rob repensa au nom de la boutique. "Donc, le business marche ?"
"D’enfer !"
Rob s’autorisa un petit sourire en coin avant de quitter le bâtiment.

Onze heures vingt. La mairie… Rob s’engouffra dans sa voiture et s’aventura au centre de la ville, où la mairie occupait l’espace depuis plus de vingt ans. Cinq minutes plus tard, il se retrouvait déjà en face de la dame de l’accueil.
"Bonjour, je souhaiterais déposer un mot dans le journal. Un chien perdu."
Alors que la dame s’excusa pour aller chercher un papier dans à l’arrière de son bureau, Rob remarqua qu’un autre employé de mairie semblait le dévisager avec une certaine insistance, alors qu’il parlait au téléphone. Il raccrocha l’appareil et s’approcha du détective.
"Monsieur Bankle ?"
"Heu… Oui ?"
"Le chef de Police vous cherche depuis plusieurs heures. Si vous avez le temps, il souhaiterait vous voir à son bureau."
Chef Clancy ? Cela faisait trois ans qu’il n’avait pas vu cette bouille joufflue ! Bien que son estomac devenait bruyant, il ne pouvait pas refuser l’invitation, qui se finirait peut-être par un repas juteux ! Après avoir rempli le formulaire de chien perdu et y avoir joint la photo de Poppy, Rob fit le voyage vers le commissariat principal, ce qui lui prit dix bonnes minutes.

"Bankle ! Ça fait combien de temps ?!"
"Trois ans, Monsieur."
"Que le temps passe vite. Vous prendrez bien un petit whisky ?"
"Volontiers."
Le Chef fit couler le liquide doré dans un verre carré, et prit lui-même un verre à pied.
"Vous m’excuserez de ne pas joindre votre soif, mais mon régime m’oblige de mettre le whisky en pause pendant quelques mois."
Ce n’était pas vraiment un repas à proprement parlé, mais ça suffirait pour le moment. Il vaut mieux étancher sa soif que rester dans le mal. Chef Clancy but une gorgée, toussa, laissa Rob boire de son côté, puis reprit la parole.

"Je n’aime pas trop les cafards qui viennent fouiller dans mes affaires, Bankle."
"Pardon ?"
"Ne faites pas l’innocent, je sais que vous êtes allé voir Mme Casta, Dr Wells et M. Iron. Vous savez que je suis impliqué arrivé à ce stade, c’est obligé. Ne me prenez pas pour un imbécile. Et quand je pense que pas un seul d’entre eux n’a pensé à me prévenir..."
Seulement, Rob ne faisait pas l’innocent, et ne prenait pas Clancy pour un imbécile, il faisait simplement l’homme confus, ce qu’il était.
Il sirota son whisky en pensant à son déjeuner.
"Heureusement que mon homme vous a arrêté à l’accueil. Vous n’avez rien dit au Maire ?"
"J’ai pas vraiment eu le temps, non."
"Bien."
Rob en arriva à la seule conclusion possible.
"C’est vous qui avez volé le chien ?" Si le Chef était impliqué, c’était forcément quelque chose de plus important… Un trafic de chiens ?!
Le chef but une gorgée de son vin.
"De quoi est-ce que vous parlez ? Quel chien ? Arrêtez de faire l’imbécile ! Vous avez travaillé sur l’affaire Balkane lors de votre temps au commissariat, non ?"
"Balkane ? Ouais, c’est bouclé ça. C’était ma dernière affaire."
"… Vous pensez vraiment l’avoir bouclée ?
"Ouais, pourquoi ?" Rob but une autre gorgée de son whisky. Le Chef toussa fortement, en fixant Rob dans les yeux.

L’employé de mairie qu’avait croisé le détective auparavant rentra dans la pièce.
"Monsieur ?! Vous n’avez pas bu de ce vin ?!"
"Bien sûr que si, imbécile."
"Il… Il est empoisonné ?"
"Quoi ?! Mais non ! Je vous ai dit d’empoisonner le whisky !"
Rob expulsa son brevage d’un crachat, qui se retrouva sur sa nouvelle veste.
"Abruti…"
L’employé et Rob regardèrent le chef de police tomber au sol, et créer une mare de bave par terre.
"Eh bah, ça sera pas facile à expliquer tout ça…"
Les deux hommes restants se regardèrent dans le blanc des yeux. Rob se jeta sur l’employé, qui avait définitivement comme une envie de partir.

"Vous n’accepteriez pas de témoigner au tribunal, par hasard ?"
"Meh, j’sais pas trop !" Il essayait de se défaire de la prise du détective.
"Vous aurez un homicide volontaire sous les bras, vous savez."
L’homme arrêta de se débattre. "Pardon ?"
"Vous venez d’empoisonner votre boss."
Il regarda Chef Clancy faire des bulles sur le parquet.
"Merde..."
Après quelques minutes passées à s’expliquer, et à parler de peine réduite, l’homme de Clancy accepta de détailler toute l’histoire à Rob.

"Il y a trois ans, Clancy a essayé de détrôner le Maire. Mme Casta finançait l’opération, Docteur Wells devait falsifier des certificats de décès, et M. Iron fournissait le matériel… Et j’étais la taupe, j’avais déjà un pied dans la mairie. On était sensé prendre le contrôle de la ville, faire chanter le Maire, et descendre quelques obstacles… L’opération, en soit, était simple. Je devais déposer quelques appareils dans le bureau du Maire. Il est du genre parano, il a des brouilleurs incrustés dans les murs de son bureau, impossible de les enlever en une nuit sans se faire repérer… Du coup je devais installer un brouilleur, pour neutraliser SES brouilleurs, et déposer un mouchard qui enregisterait ses conversations pour le faire chanter."
"Ça me paraît inutilement compliqué…"
"Ouais, bah quoi qu’il en soit, les brouilleurs d’Iron ont jamais marché, et bien qu’il y a eu des soupçons sur une surveillance non-autorisée à l’époque, on a réussi à en réchapper, la police avait conclu à un non-fait, et on se tenait à carreau… Jusqu’à aujourd’hui."
"L’affaire Balkane…"
"Exactement. Vous étiez l’ancien flic qui avait travaillé sur l’affaire à l’époque, et vous avez rendu visite à toutes les personnes impliquées dans l’affaire ! Ça a fait flipper Clancy à un point inimaginable… C’est pas pour rien qu’il essayait de vous tuer…"
Rob lança un regard confus à l’homme en face de lui, puis repensa à tous les pots de fleurs et autres vitres qui avaient explosées devant lui ces derniers temps.
"Oh..."

Finalement, le témoignage de l’employé de mairie fut suffisant pour le juge, et toutes les personnes impliquées dans l’affaire, et toujours vivantes, passèrent plusieurs années en prison, pour certains jusqu’à leur mort.
The End.

Oh, le chien ! Il était simplement parti se promener dans le voisinage, il a fini par rentrer chez lui, tout seul. Puisque sa maîtresse était en prison, Rob a fini par l’adopter, pour au moins s’en occuper le temps que Mme Casta sorte de sa cellule. Un travail bien rempli, et pourtant pas rémunéré, puisque sa cliente était entre les barreaux. Il prit du galon dans le monde des détectives privés, et finit sa vie avec un beau pactole à la banque. A ce jour, il reste le détective privé avec le plus grand nombre d’affaires non-résolues.

The End.

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MessageSujet: Re: Godspeed, Detective Dim 12 Mar - 18:32
Haha très sympa la double fin ! Very Happy
Un petit évènement sans importance qui finit par dévoiler une affaire sordide, j'adore. Smile
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