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-Hellcome-
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MessageSujet: -Hellcome- Dim 29 Juil - 22:40
"These shackles I've made in an attempt to be free"

Rob avait la passion nécessaire afin d'accomplir son rêve de toujours : devenir le chanteur et guitariste de blues le plus populaire des États-Unis. Ce qui lui manquait était bien moins atteignable que cette passion : du talent. Il se produisait dans divers bars proposant comme salaire quelques bières, mais même dans ces endroits peu chaleureux, il était évident qu'il n'éveillait aucun engouement. Il n'était qu'un homme avec une guitare, comme il en existait des centaines rien que dans sa région. Le type de frustration qu'apportait une telle vie l'amena à noyer ses problèmes dans les verres qu'ils pouvaient avoir gratuitement, ainsi que ceux pour lesquels il devait payer par la suite. Alors qu'il pouvait à peine poser un pied devant l'autre, il quitta le bar le moins célèbre d'Hazlehurst. Il ne savait plus s'il habitait au nord ou à l'ouest, mais il décida de marcher droit devant. Ses chaussures étaient la seule source de bruit pendant un bon quart d'heure. La route de goudron sur laquelle il voyageait rencontra une route de terre qui la fendait en un angle parfaitement perpendiculaire. Rob décida qu'il était temps de faire une pause. Il s'assit par terre, au coin du carrefour, et sortit sa guitare. Alors qu'il entamait les premières notes de "House Rent Stomp", il se rendit compte d'une chose qu'il ne pouvait s'avouer : il était loin d'égaler le moins bon guitariste qu'il connaissait. Dans un excès de rage et d'alcoolémie, il jeta sa guitare à grand-peine à quelques mètres de lui, au centre de la route. Il s'allongea et laissa l'éthanol l'emporter au pays des rêves.

"J'y arriverai jamais.
- Voyons voyons."

Un vent frais et une voix inconnue le réveilla de sa stupeur. Il inspecta autour de lui et vit un homme, au carrefour, avec sa guitare dans les mains. La lune illuminait tout juste l'individu, il pouvait discerner sa grandeur, et son large chapeau qui cachait sa figure. L'ombre qu'il dégageait était immense. Il ne savait pas pourquoi, mais Rob était effrayé. Pire, il ne pensait pas pouvoir bouger un seul membre, sans savoir si c'était l'alcool ou l'apparition qui le bloquait ainsi. L'homme sombre accorda l'instrument et joua quelques notes, qui résonnèrent dans la tête de Rob comme étant la plus belle mélodie qu’il n'ait jamais entendue.
"Je peux t'en apprendre un peu, si ça t'intéresse."
Rob n'était pas sûr de pouvoir parler, mais son esprit ne pût s'empêcher de crier un "oui" qui ne sera jamais relayé par ses cordes vocales. L'homme lui tendit la guitare.
"Mais tu dois promettre de me rendre un service en retour un peu plus tard."
Rob attrapa le manche de la guitare, et la laissa tomber sur son genou, surpris par la lourdeur soudaine. L'apparition avait disparue. Il prit son instrument sur l'épaule, vomit ce qu'il restait dans son estomac et se remit en route, se promettant de régler son problème d'alcoolémie plus tard, lorsqu'il arrêterait de rêver debout.

***
Après quelques heures se sommeil, Rob se réveilla chez lui, dans son propre lit, et sans gueule de bois. Il ne pouvait rêver mieux. Il s’assit sur le bord de son matelas et s’essuya les yeux. Il entrevit sa guitare du coin de l’œil. L’homme avait accordé sa guitare, non ? Il n’y avait qu’un seul moyen de savoir si cette étrange rencontre était réelle ou non. Après un coup de pouce expert sur les cordes, il fut surpris de constater que son instrument sonnait beaucoup plus mélodieux. Il commença à gratter quelques notes de "House Rent Stomp" et resta sous le choc. C’était comme s’il ne contrôlait rien, comme si ses propres doigts bougeaient tout seuls. Pire, il était devenu le temps d’une nuit le meilleur guitariste qu’il connaissait, du monde entier. Robert Leroy Johnson, génie du blues ! Il hocha de la tête. Robert Lonnie.

***

Deux ans après sa rencontre avec ce qu’il pensait être son ange gardien, Rob avait enregistré douze disques 78 tours. Cela correspondait à 29 chansons, qu’il avait lui même écrites, composées, et jouées à travers le sud du pays. Deux fiancées plus tard, il était enfin marié, et était acclamé par la presse et ses pairs. Après l’un de ses nombreux concerts, il se rendit dans les coulisses, jeta sa guitare dans son écrin et s’allongea sur le canapé un peu dur mais suffisant pour une petite sieste accompagnée d’une bouteille de bourbon. A peine les paupières fermées, il sentit un léger courant d’air frapper sa joue.

"Lâche la bouteille, Lonnie."

Il sursauta et fut surpris de poser ses pieds sur de la terre caillouteuse. Il était au même carrefour où il avait passé son pacte deux ans auparavant.
"Qu’est-ce que je fais là ?!"
L’homme en face de lui laissa échapper un grand sourire à peine visible. Il était grand, non loin de deux mètres, pâle, et squelettique. Son grand costume noir flottait au vent.
"Tu as une faveur à payer, Lonnie."
"Du genre ?"
Il avait plus de deux cents questions dans son esprit, mais l’homme avait été plus que bref à leur dernière rencontre, et il ne voulait pas manquer un seul mot.
"Tu es le guitariste le plus doué du pays, Lonnie." Il sentit son torse se bomber. "J’aimerais juste que tu viennes jouer l’un de tes meilleurs morceaux pour l’un de mes amis. Histoire de lui montrer ce que je t’ai appris."

Rob n’arrivait pas à y croire. L’être qui lui avait conféré son talent souhaiter partager son talent, il devait tellement être fier de sa création ! Il ne pouvait lui refuser un tel cadeau, surtout après celui qu’il avait reçu deux ans avant.
"Bien sûr ! Et pour vous c’est gratuit ! Votre ami a vraiment beaucoup de chance, on paye plusieurs milliers de dollars pour quelques minutes de mon blues par ici. Les meilleures du pays!"
Soudainement, ses yeux commencèrent à brûler, comme s’ils avaient été remplacés par deux boules de fer rouge. Le vent disparut, il eut une forte nausées qui noua son ventre, puis la douleur disparut à son tour. Il se retrouva alors dans une sorte de donjon médiéval, accompagné de l’homme au costume noir.

"Suis-moi."
Rob se gratta les yeux, mais c’était comme s’ils n’avaient jamais été douloureux. Si l’être pouvait lui donner un talent musical, il pouvait se déplacer d’un claquement de doigt, non ? C’était sûrement normal. Il n’avait qu’à jouer un morceau et il pourrait retourner s’affaler sur le canapé du bar. L’homme s’arrêta en face de ce qui ressemblait à une cellule de prison, avec une grande porte à barreaux. Quelqu’un était enchaîné au fond de la pièce, il fixait Lonnie et son hôte. Ce dernier ouvrit la porte et fit signe à Rob de rentrer.

"Une chanson ?"
"Une chanson."
Maintenant qu’il y pensait, s’il était le guitariste le plus doué de sa génération, il était également parmi l’un des plus stupides. L’être était très loin de ressembler à son ange gardien. Mais c’était déjà trop tard, il était dans la cellule, et la porte avait été refermée.
Il prit en main sa guitare, qui était sur son dos depuis que ses yeux avaient brûlés, et commença à jouer "Cross Road Blues". La personne enchaînée se mit à hurler, comme si on lui arrachait les boyaux un par un. Cela surprit et effraya Lonnie. Personne avant n’avait réagit de telle façon à sa musique. Il était évident que son talent avait changé de mains.
"Je… Je crois qu’il n’apprécie pas trop…"
"C’est le but."
"Oh… Et je dois continuer combien de temps ?"
"Jusqu’à sa fin de sentence."
"C’est à dire ?"
"Une éternité."
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-Hellcome-
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